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Une nouvelle algue détectée en Méditerranée

Dernière mise à jour le jeudi 23 septembre 2010

Article paru sur le site "Nice Matin.com" - Mercredi 22 Septembre 2010
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Une nouvelle algue détectée en Méditerranée

Après la « taxifolia » et la « racemosa », une nouvelle caulerpa s’est installée en Turquie et en Sicile. Les scientifiques appréhendent cette mondialisation des espèces

En 1989, un scientifique niçois, Alexandre Meinesz, a sonné l’alerte face à l’apparition d’une algue inconnue et envahissante qui avait commencé à proliférer au pied des aquariums du musée océanographique de Monaco. La belle algue d’un vert fluo magique avait même inspiré le titre accrocheur d’un ouvrage, Le roman noir de l’algue tueuse. Le spectre d’une catastrophe écologique annoncée se profilait, par élimination progressive de toutes les espèces vivant dans son environnement.

Les plaisanciers étaient appelés à devenir des sentinelles et à signaler la présence de cette algue. Une cartographie a décrit toutes ces zones d’implantation. De plus en plus importantes, jusqu’à couvrir 13 000 hectares fin 2001 en Méditerranée.

Des Géo Trouvetou imaginaient des solutions pour contenir la « bête ». Filets, animaux dévoreurs… Tout était bon pour traquer l’intruse sortie d’un aquarium et qui s’était fort bien installée hors de son Australie natale.

La « taxifolia » en régression

Et puis, plus rien ou presque. Si les règles de « non-dissémination » sont toujours en vigueur auprès des plaisanciers, force est de constater que la caulerpa taxifolia a perdu de sa vigueur. « Les premiers signes de tassement ont été observés en 2004 », explique Alexandre Meinesz. « Puis elle s’est effondrée au cours des trois dernières années de façon surprenante. Comment, pourquoi ? On a quelques hypothèses. L’algue est bloquée dans sa reproduction, pour des raisons génétiques ou climatiques. C’est inespéré, inexpliqué et c’est une bonne nouvelle. »

Au large du cap Martin et du cap d’Ail, dans l’anse des Fosses à Saint-Jean-Cap-Ferrat, cette régression a été constatée. Cela étant, des sites sont encore tapissés sur ces zones et la surveillance se poursuit.

Alors, a-t-on alerté l’opinion à tort avec cette caulerpa taxifolia ? « Non, le constat était terrible. Quand on voyait la vitesse à laquelle se tapissaient les fonds, toute la communauté scientifique était très préoccupée », poursuit le professeur Meinesz.

Une « relève » plus coriace

Après la « taxifolia » il y a eu la « racemosa ». Toujours une caulerpa, arrivée vers 1990 en Méditerranée, toujours en provenance d’Australie, on ne sait par quel vecteur. À ce jour, elle poursuit une progression « fulgurante ». Signalée pour la première fois sur les côtes françaises à Marseille, elle a touché toute la côte jusqu’à Menton ainsi que la Corse.

Apparemment, elle se reproduit mieux que la « taxifolia » et résiste mieux au froid également. Au sol, elle forme un ensemble inextricable et rampant, qui étouffe la zone colonisée. On parle d’une sorte de « feutrine » qui empêche les échanges avec le substrat et étouffe petit à petit la vie.

Et maintenant, voilà que le réseau de scientifiques qui s’est constitué autour de la Méditerranée pour surveiller les espèces envahissantes, a mis la main sur une troisième caulerpa « australienne ». On l’appelle « distichophylla ». Elle a notamment été étudiée par un scientifique italien, Mario Cormaci. On ne sait pas comment elle est arrivée au sud de la Turquie et en Sicile. À ce jour, environ 80 km de côtes sont atteints. Physiquement, elle ressemble à la « taxifolia », en plus fin…

Que penser de cette troisième espèce ? Doit-on être inquiet, s’en méfier, ou alors s’en remettre à la capacité d’adaptation de la nature ? Après tout, la taxifolia semble être sur le déclin. Pourquoi pas les autres, un jour ou l’autre ?

Une centaine d’algues « étrangères »

« Le problème, c’est qu’à ce jour on recense une centaine d’autres espèces d’algues arrivées en Méditerranée en moins de vingt ans. Le phénomène s’est accéléré. » En fait, on assiste en mer au même scénario que sur terre.

Des barrières géographiques brisées et une mondialisation qui n’apporte pas de diversité mais qui, au contraire, uniformise les fonds marins.

Pour de nombreux scientifiques, on se trouve dans une période de basculement inquiétant. On parle même d’involution, après des millions d’années d’évolution.

Sylvie Béal (sbeal@nicematin.fr



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