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Une Cité de la mer ancrée à Marseille ?

Dernière mise à jour le mardi 27 septembre 2011

Article paru sur le site "La Provence" - Dimanche 25 Septembre 2011
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Une Cité de la mer ancrée à Marseille ?

Lancée en 2010, l’idée prend corps du côté de l’Estaque, où elle pourrait voir le jour à partir de 2014.
Présentation.

La malédiction qui semblait empêcher tout projet maritime d’envergure de voir le jour à Marseille sera-t-elle bientôt vaincue ? C’est en tout cas l’espoir que l’on peut caresser avec le projet de Cité de la mer, un complexe à vocation scientifique, économique et touristique qui devrait émerger du côté de l’Estaque, entre l’Espace Mistral et les plages de Corbières.

Lancée en mai 2010 comme une bouteille à la mer, l’idée a fait son chemin dans l’esprit des nombreux Marseillais, irrités par les échecs successifs des projets initiés depuis une vingtaine d’années sur la façade littorale. Parmi eux, la première Cité de la mer imaginée par l’architecte André Stern au pied du fort Saint-Jean ; la base nautique qui devait accueillir les concurrents de la Coupe de l’America après la victoire des Suisses d’Alinghi en 2003et le musée de la Mer qui devait prendre corps autour des sous-marins de la Comex, de la Calypso du commandant Cousteau et d’une réplique de la grotte Cosquer… autant d’idées séduisantes envoyées prématurément aux oubliettes, faute de volonté politique, de moyens financiers et de cohésion des équipes, pas souvent capables de parler d’une seule voix pour défendre leur projet.

Aujourd’hui, les choses semblent mieux engagées. En décembre 2010, plus de 15 ans après l’élection de Jean-Claude Gaudin à la mairie, le conseil municipal a en effet dévoilé ses ambitions en la matière, fixant pour la première fois les grandes lignes d’une "politique municipale de la mer et du littoral", qui intègre notamment la future Cité de la mer de la rade nord. En un an et demi, le concept défendu par Didier Réault, conseiller municipal (UMP) délégué à la Mer, a sensiblement évolué. À l’époque, il évoquait modestement un Centre de la Mer axé sur la plongée sous-marine, avec la mise en valeur du sous-marin Saga, développé dans les années 80 par la Comex et l’Ifremer. Le projet prévoyait également la création d’un centre de formation et d’expertise en archéologie sous-marine adossé à la Direction des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), une entité du ministère de la Culture installée sur l’espace Mistral depuis 2009. Aujourd’hui, l’élu affiche des ambitions nettement supérieures, avec un ensemble d’envergure internationale qui pourrait voir le jour entre 2014 et 2020, sur un périmètre incluant une partie de la friche industrielle des Riaux, actuellement en cours de dépollution.

UN GRAND AQUARIUM ET UN MUSEE A VOCATION SCIENTIFIQUE

Le succès de Nausicaa, grand complexe de la mer ouvert il y a 20 ans à Boulogne-sur-Mer (environ 800000 visiteurs par an) ne pouvait guère laisser insensibles les élus marseillais. D’autant que son directeur, l’océanographe Philippe Valette, est aussi le président du Festival mondial de l’image sous-marine, installé à Marseille depuis 3 ans. Et un des conseillers de la Ville sur cet ambitieux projet. La future Cité de la mer devrait ainsi comprendre un grand aquarium de rang international et un musée de la plongée et de l’exploration sous-marine.

Selon Michel L’Hour, le directeur du Drassm, cet aquarium pourrait même accueillir la réplique d’une épave antique que les experts du Drassm utiliseraient pour la formation des stagiaires aux techniques de l’archéologie sous-marine, participant ainsi à l’animation de cet espace grand public. Quant au musée, il s’articulerait autour des collections du Drassm, qui possède dans ses réserves des milliers d’amphores et d’objets récupérés depuis 45 ans sur les épaves immergées, ainsi qu’autour des engins conçus au fil du temps par la Comex et l’Ifremer pour l’exploration et l’exploitation des ressources sous-marines.

Le Centre d’océanologie de Marseille, qui doit quitter ses locaux historiques de Malmousque d’ici fin 2014, pourrait également être associé à ce projet, en créant une antenne sur place - le gros de la troupe devant s’installer sur le campus de Luminy -, histoire d’offrir à ses chercheurs et étudiants un accès direct à la mer.

UNE DIMENSION ECONOMIQUE AFFIRMEE

Parce que l’air du temps n’est plus aux projets coûteux sans retour sur investissement, la dimension économique du projet n’a pas été négligée. Outre un centre de plongée touristique, dont l’exploitation devrait être confiée à un ou plusieurs opérateurs privés, les élus ambitionnent de créer à l’Estaque un parc d’activités économiques adapté aux entreprises du secteur. Le Pôle Mer Paca, qui regroupe déjà les principaux acteurs du monde maritime (entreprises, laboratoires de recherche et structures de formation), apportera son expertise à la définition de ce projet. Dans le même ordre d’idée, un ensemble novateur de mise à l’eau destiné à la navigation de plaisance est envisagé sur le site, avec un potentiel estimé de 15 000 mouvements par an.

Reste à souhaiter que ce projet ne connaisse pas le même sort que ses prédécesseurs.


La concrétisation du projet Sea Orbiter tombe à pic

Connu dans le monde entier pour ses engins flottants futuristes ou ses projets un peu fous de cités sous la mer, l’architecte Jacques Rougerie (1) pourrait jouer un rôle de premier plan dans la future Cité de la mer. Non seulement parce qu’il sera certainement sur les rangs le jour où sera lancé le concours d’architecte pour le grand aquarium, le musée et les autres bâtiments de ce complexe, mais aussi parce que son projet le plus ambitieux, Sea Orbiter, pourrait installer une base fonctionnelle à l’Estaque pour ses missions en Méditerranée.

Lancée il y a une dizaine d’années, l’idée de ce laboratoire océanique flottant est longtemps restée à l’état de projet, ses besoins en financements - on parle de 50 millions d’euros - laissant planer de sérieux doutes sur sa concrétisation. Jusqu’en juin dernier, date à laquelle Jacques Rougerie et le célèbre horloger suisse Rolex ont signé un accord de partenariat sur 10 ans qui marque le véritable démarrage de Sea Orbiter. Les termes - et notamment le montant - de cet accord sont jalousement tenus secrets, mais Rolex s’est engagé suffisamment loin pour que Jacques Rougerie mette en chantier cet incroyable vaisseau à vocation scientifique et pédagogique. "Il sera construit dans un chantier français à partir de janvier 2012, confirme Ariel Fuchs, directeur des programmes de l’Agence Rougerie, et nous espérons le mettre à l’eau en juin 2013, avant sa première campagne d’exploration en Méditerranée, à partir du mois de septembre suivant."

Un aboutissement pour Rougerie, qui avait présenté Sea Orbiter dans le détail l’année dernière dans le cadre de l’expo "Voyage au centre de la mer", au Conseil général, et qui a toujours plaidé pour que naisse à Marseille un grand centre de référence sur la mer et le monde sous-marin.

(1) Il est l’auteur de nombreux complexes à vocation maritime, dont Nausicaa à Boulogne-sur-Mer et Océanopolis à Brest.


Une période faste pour l’archéologie sous-marine française

Installé à l’Estaque depuis deux ans, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines du ministère de la Culture sera bien entendu partie prenante de la future Cité de la mer, dont le périmètre d’étude englobe déjà ses locaux. Son directeur, Michel L’Hour, a même été associé dès le départ à la définition du projet, pour lequel il nourrit lui-aussi de grandes ambitions. Un engagement d’autant plus cohérent que l’archéologie sous-marine française vit actuellement une période faste. Outre les découvertes spectaculaires du buste de César et d’un navire de commerce parfaitement conservé dans le lit du Rhône, le Drassm attend en effet la prochaine livraison de son nouveau navire de recherches archéologiques, l’André-Malraux, en construction au chantier H2X de La Ciotat depuis août 2010. Dessiné par le cabinet marseillais André Mauric, ce bateau de 36m de long devrait être mis à l’eau courant novembre. Il entamera aussitôt ses essais à la mer avant son baptême, prévu fin janvier 2012. Au printemps prochain, il entamera sa première campagne de reconnaissance et d’expertise sur des épaves déjà répertoriées en Méditerranée. L’André-Malraux succédera ainsi au vénérable Archéonaute, le premier navire spécialisé en recherches archéologiques, mis en service en 1967 à l’initiative du ministre de la Culture de l’époque, André Malraux. Désarmé depuis 2 ans, l’Archéonaute a été vendu par les Domaines dans le courant de l’été et ira poursuivre sa carrière comme bateau promenade sur le Rhône - il n’y a pas de hasard -, mais dans la région lyonnaise.

Basé à l’Estaque, l’André-Malraux sera un élément fort de la future Cité de la mer, à l’heure où selon Michel L’Hour, "l’archéologie sous-marine entame un nécessaire processus de professionnalisation dans lequel la Drassm peut jouer un rôle majeur au niveau international." Car cette discipline aujourd’hui pratiquée dans le monde entier a été inventée en France, plus précisément à Marseille, la première fouille sous-marine de l’Histoire ayant été conduite par le commandant Cousteau sur l’épave romaine du Grand Congloué, au large de Sormiou, en 1952. D’où l’idée de Michel L’Hour de créer, à l’Estaque, un Centre de conservation et d’études qui permettrait de former des archéologues sous-marins et de mettre en valeur les collections, actuellement conservées dans des réserves fermées au public. "Notre expertise est reconnue partout dans le monde, justifie le patron du Drassm, et la demande en formations spécialisées est déjà très forte. Avec un centre comme celui-là, on pourrait très facilement répondre à cette demande et générer de l’activité économique pour la future Cité de la mer." C’est le but.

Hervé VAUDOIT



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