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Sécheresse : l’impossible partage de l’eau

Dernière mise à jour le mercredi 9 novembre 2011

Article paru sur le site "Sud-Ouest" - Jeudi 20 Octobre 2011
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Sécheresse : l’impossible partage de l’eau

Par BENOÎT MARTIN

Agriculteurs, conchyliculteurs, pêcheurs... Comment arbitrer la bataille de l’eau entre usagers ?

Année record. 2011 a été très sec, trop sec en Charente-Maritime. De mémoire de météorologiste, printemps et été n’ont jamais été aussi peu pluvieux à La Rochelle et Jonzac. En attestent les relevés, éloquents, de Météo France depuis leur création en 1955 et 1969 (lire ci-dessous).

Le pire, c’est que ce n’est pas un épiphénomène. « 2003, 2005, 2006, 2009, 2010… Et maintenant 2011 ». Luc Servant, président de la chambre d’agriculture, égrène la funeste litanie des années sans pluie. « En blé, pois et orge, ce sont les plus mauvais rendements depuis trente ans. En secteurs irrigués, heureusement que les pluies d’été ont pris le relais des pompes. À l’est du département, sur les bassins du Mignon et de l’Antenne, là où l’interdiction d’irrigation a été totale, dès le 18 mai, la baisse des rendements est très nette », précise encore Luc Servant.


Repères en chiffres

- 50. En pourcentage, le déficit de pluie sur La Rochelle et Jonzac depuis le 1er mars.
- 500. Le nombre de kilomètres de cours d’eau à sec ou sans débit sur les 1 800 que compte le département.
- 1 700. Le nombre d’agriculteurs irrigants en Charente-Maritime.
- 8,40. En mètres cubes par seconde, le débit de la Charente relevé le 2 octobre dernier à Pont-de-Beillant alors que le débit seuil d’alerte est fixé à 17 mètres cubes par seconde.
- 14. Le nombre de bassins versants du département surveillés et mesurés.
- 2. En litres par seconde, le débit du Né, affluent gauche de la Charente de 66 km de long. Son débit d’alerte est fixé à 600 litres par seconde.


Trop de dérogations

Déficit pluviométrique, températures anormalement élevées, niveaux des nappes et débit des rivières poussent en effet la préfecture à agir tôt, très tôt. En filigrane de cette décision, il y a aussi l’Union européenne. D’ici 2015, dans le cadre de la Directive européenne sur l’eau, les États-membres ont l’obligation de résorber le déficit entre la ressource et les prélèvements.

« L’administration joue le principe de précaution à fond. Mais si le maïs stresse au départ, il bloque à 50 cm et ne bouge plus, explique Jean-Jacques Gaucher, secrétaire général de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) de la Charente-Maritime. On avait donné la consigne de ne pas respecter les arrêtés. Cela a permis de ne perdre que 15 à 20 quintaux par hectare contre 60 par ailleurs. »

Urgence du terrain contre vision à long terme de l’administration. Survie au quotidien de son pré carré contre réglementation garante d’un avenir collectif. « Des interdictions tôt dans la saison, c’était une position courageuse. Mais les arrêtés n’ont pas été tenus. Il y a eu trop de dérogations. On satisfait uniquement les besoins des agriculteurs sans tenir compte de la ressource et des autres utilisateurs », regrette Gilles Brichet, président de Fédération de pêche de la Charente-Maritime.

500 km à sec

La Boutonne en amont de Saint-Jean-d’Angély, la Seudre, la Seugne en amont de Jonzac, l’Antenne, le Curé… « 500 km de cours d’eau sur les 1 800 km que compte le département sont à sec ou sans débit », avance Yann Davitoglu, responsable du pôle milieu aquatique à la Fédération de pêche.

Conséquences : des milieux naturels menacés, des poissons et des plantes en voie de disparition, des espèces nuisibles en plein développement, des berges fragilisées…

Autre effet : une baisse des usages et du nombre d’usagers. En 2010, la Fédération de pêche comptait 22 000 adhérents actifs contre… 32 000 dix ans auparavant.

Nature et culture, travail et loisirs. Le manque d’eau a des conséquences dramatiques sur terre et aussi en mer. Premières victimes : les éleveurs de moules et d’huîtres. Le cycle est connu : « Les bassins versants enrichissent les zones côtières en éléments nutritifs qui nourrissent le phytoplancton dont ont besoin les coquillages », résume Jean Prou, de l’Ifremer, à La Tremblade.

En fin de chaîne

« Le déficit de croissance est catastrophique. Les poches d’huîtres font le même poids à l’automne qu’au printemps ! constate, effaré, Michel Grasset, président du syndicat ostréicole de Port-des-Barques. On est en fin de chaîne. Tout le monde a besoin de vivre ».

Encore une fois, les 1 700 agriculteurs irrigants du département sont dans le collimateur. « Grâce à la diversification des cultures et l’amélioration des techniques, on ne pompe plus que 60 millions de mètres cubes par an contre 100 millions il y a dix ans. Mais seuls 40 millions seront autorisés par l’administration à l’horizon 2015. La survie de certaines exploitations est en jeu », se défend Luc Servant.

Où donc trouver cette eau qui manque cruellement à tous ? « En créant des réserves pour stocker l’eau hivernale. Beaucoup de projets sont dans les tuyaux depuis dix ans mais stoppés par les recours administratifs des associations de protection de l’environnement », souligne le président de la chambre d’agriculture. Les pêcheurs n’y sont pas opposés mais restent dubitatifs. Certains conchyliculteurs se prononcent pour la remise en fonction des marais, « comme c’était il y a trente ans. Il suffit de remettre le réseau hydraulique en état. On gagnerait quatre millions de mètres cubes », assure Michel Grasset.

Désaccords sur les besoins de chacun, sur les solutions… Seul point de convergence de tous les acteurs : la nécessité d’anticiper dès aujourd’hui la prochaine sécheresse, toujours plus fréquente et toujours plus longue.


- « Le plus sec depuis 1955 »

À La Rochelle, il n’est tombé que 219 millimètres d’eau depuis le 1er mars alors qu’en moyenne, sur les cinquante dernières années, les précipitations atteignent 442 mm du 1er mars au 31 octobre. Il manque donc 223 mm.

À Jonzac, il n’est tombé que 290 mm contre 564 mm en moyenne, soit un manque à gagner de 274 mm.

Au nord ou au sud du département, le déficit de pluviométrie est le même : 50 % !

Et ce ne n’est pas l’épisode pluvieux d’avant hier soir ni celui prévu pour la semaine prochaine qui vont le combler.

Saintes moins touché

Depuis que les relevés de MétéoFrance existent - 1955 pour La Rochelle, 1969 pour Jonzac -, printemps et été n’ont jamais été aussi secs.

Records battus, foi de météorologiste rochelais !

Saintes est un peu mieux lotie en pluie. Le printemps et l’été 2011 ne viennent qu’en sixième position dans le palmarès des saisons estivales les moins pluvieuses, depuis que les relevés sont effectués : 372 mm contre 532 mm en moyenne depuis 1950, entre le 1er mars et le 31 octobre, soit un déficit de précipitations de 30 %.



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