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Pêcheurs de tellines. Le procès de l’enquête cornouaillaise

Dernière mise à jour le mardi 20 décembre 2011

Article paru sur le site "Le Télégramme" - Vendredi 9 Décembre 2011
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Pêcheurs de tellines. Le procès de l’enquête cornouaillaise

Près de la moitié des pêcheurs de tellines de Cornouaille comparaissaient hier devant le tribunal correctionnel. Un procès qui a mis en lumière les excès, loin d’être généralisés, de la profession. Des amendes ont été requises à leur encontre.

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« C’est un peu le Dallas des fruits de mer. Ça balance pas mal dans le milieu de la telline », lance le président Molié. La petite phrase fait sourire quelques-uns des dix-neuf pêcheurs professionnels convoqués hier devant le tribunal correctionnel. Pas tous. Ce sont des informations anonymes parvenues aux Affaires maritimes qui avaient conduit les gendarmes maritimes à ouvrir une enquête. Une enquête qui avait permis d’établir des dépassements de quotas et quelques oublis de déclarations de revenus. Plusieurs prévenus l’ont reconnu hier. Pour une poignée d’entre eux, les écarts entre les déclarations des tonnages pêchés et les ventes relevées chez les mareyeurs atteignent la dizaine de tonnes sur la période retenue, entre avril2008 et mars2009. Les pêcheurs concernés ont reconnu les faits et, depuis leur audition par les gendarmes, fait l’objet d’un redressement fiscal. « Mais plutôt que de mauvaise foi, on doit parler de négligence », plaidait hier MePavec, le conseil d’un couple de pêcheurs visé dès le début de l’enquête.

« La montagne a accouché d’une souris »

Les avocats ont pourtant été nombreux à plaider la relaxe de leur client, hier. « Quand on pêche, on pêche. On met dans les caisses et on peut se tromper de 2 à 3kg », s’est défendu l’un des prévenus. Et d’évoquer la rudesse du métier, dans l’eau à tirer une drague à la force des jambes : « Plus on avance, plus on doit travailler et plus on se fatigue ». Preuve de leur bonne foi, plusieurs d’entre eux ont été confondus par leurs propres déclarations de pêches adressées chaque mois aux Affaires maritimes. Des déclarations mettant en lumière des dépassements de quelques kilos. Les autres dépassements, ils ont été calculés par les enquêteurs d’après les comptes des mareyeurs. Les pêcheurs les ont balayés hier, évoquant tour à tour des erreurs de calculs, l’oubli de quotas particuliers lors des fêtes de fin d’année, les cas de deux marées basses dans la journée ou le report d’une partie de la pêche du jour sur la vente de la pêche du lendemain. « C’est un peu la montagne qui accouche d’une souris », lance Me Riou, plaidant à son tour la relaxe de son client. Le ministère public avouait hier, découvrir à l’audience ce quota exceptionnel de 200kg lors des fêtes de fin d’année. Dans ces conditions, le comité régional des pêches n’a visiblement pas souhaité se constituer partie civile, hier.

« L’enquête a été bâclée »

Mais le parquet entendait également poursuivre les décalages soulignés par l’enquête entre les revenus d’activité et les déclarations fiscales, le conduisant à poursuivre les pêcheurs pour travail dissimulé. Là aussi, la majorité des prévenus n’ont pas fait l’objet de redressement fiscal au regard des explications apportées à la suite de l’enquête des gendarmes. « On est dans cette situation de flou total. C’est du vent, ça ne repose sur rien », martèle à son tour Me Garret. Une situation reconnue à demi-mot par le parquet, évoquant quelques imprécisions, quelques lacunes dans le dossier. « Mais il y a des infractions qui tiennent », a soutenu le procureur Maud Le Neven, avant de requérir des peines de 100 € à 4.000 € à l’encontre des dix-neuf pêcheurs. « C’est sur des bases d’erreurs de calcul grossières qu’on poursuit mon client à l’audience « , s’emporte Me Buisine. Me Bergot lui, va plus loin, évoquant « une enquête de gendarmerie bâclée ». Et de poursuivre : « Ça a été dit aux gendarmes. Mais ils étaient décidés à envoyer une tribu de pêcheurs au tribunal ». L’affaire a été mise en délibéré au 26janvier, « le temps de vérifier si ces poursuites sont fondées ».

Jean Le Borgne



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