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Palourde. Gâvres fait de la résistance

Dernière mise à jour le lundi 14 mars 2011

Article paru sur le site "Le Télégramme" - Vendredi 11 Mars 2011
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Palourde. Gâvres fait de la résistance

La palourde n’est peut-être pas le pouce-pied, mais ce coquillage très prisé est au centre d’un bras de fer engagé par SOS petite mer de Gâvres. Voilà sixans que l’association défend sa revente par les plaisanciers. Au mépris de la loi.

9 EUR le kg. 3 EUR la japonaise. Les prix sont affichés au feutre noir sur une ardoise d’écolier. Comme le jour de la paye : ?samedi 13mars ?! En cette fin d’après-midi, sous un beau soleil d’hiver déclinant, la palourde change de mains. Dans un décor de carte postale en petite mer de Gâvres, à un jet de bigorneau de la marée montante, les pêcheurs plaisanciers défilent. Un seau à la main et le sourire en bandoulière. A l’intérieur, ils sont quatre à assurer le boulot. Une routine pour les adhérents de l’association SOS petite mer de Gâvres (1) qui ont installé leur petit commerce dans un modeste dépôt. C’est là, au nez et à la barbe des autorités maritimes, que l’association défend le droit de pêcher à pied. Et de vendre les coquillages. Une démarche strictement interdite.

« Au nom de la tradition »

Voilà six ans que la fronde a pignon sur rue à Riantec. Ils savent qu’ils ne sont pas vraiment blanc-bleu. Cela leur a valu une convocation devant le tribunal. Hervé Le Garff, de l’association et « pur produit de la petite mer », en convient volontiers : « On perpétue une tradition. Au passage, on assainit le gisement naturel en le soulageant de la palourde japonaise qui se développe trois fois plus vite ». Alain Malardé, leur président, a un autre argument massue pour défier la loi : le droit coutumier. « Ici, on a toujours pêché et revendu la palourde. C’est juste un bas de laine pour les gens du coin. Ce cabanon, c’est un peu le Resto du coeurde la côte ». 30 à 40 EUR par semaine et par pêcheur. Voilà la somme que l’on est en droit d’attendre. Les règles sont strictes : 3kg par personne. Henri, solidement amarré à son poste, confirme. C’est lui qui tient les comptes sur un cahier d’écolier. Et qui remet les bons à tirer cette semaine (lundi, mercredi et ce vendredi). Mais le modeste coefficient (70 mercredi) n’a pas charrié la foule sur l’estran. Rien de comparable avec la queue, interminable, qui s’étire devant le dépôt au lendemain des grandes marées. Pour preuve, disent-ils, la pesée de mercredi : 150kg de palourde naturelle et 50kg de japonaise pour une valeur à la revente évaluée à 1.700 EUR. « Et puis, on n’ouvre que lorsque le coefficient le permet ». Mais d’autres chiffres circulent sous le manteau. A Riantec, lors des grandes migrations printanières, les plus mordus jouent les Attila. « Avec deux marées par jour à la cuiller, quand les jours s’allongent, on arrive facilement à des sommes plus importantes », révèle un familier. 200EUR par semaine, voire bien plus. Certains, grisés par l’activité, en feraient même un job à temps plein.

« Des dépôts clandestins »

« A l’association, on connaît tout le monde. Le premier qui déconne est exclu du groupe », signale Hervé. Un peu facile ? Sur l’aspect sanitaire, la réponse fuse. « On n’a pas besoin d’Ifremer pour connaître le niveau de la biomasseet sa qualité ». La palourde, ramassée entre l’île de Kerner et l’entrée de la petite mer, n’offre, à leurs yeux, aucune inquiétude. « Ici, on fait attention à la provenance, assure Gildas, un bénévole chevronné. On contrôle les tailles. A Riantec, il y a eu jusqu’à huit dépôts clandestins. C’est cela que l’on veut à nouveau ? »

« Revente aux professionnels »

A l’autre bout de la chaîne, ce front de résistance singulier n’a pas laissé de marbre les professionnels. A commencer par les pêcheurs à pied qui fulminent. « Ils ramassent uniquement la coque en petite mer, nous ne sommes pas en concurrence », balaye Alain Malardé. D’autres s’en arrangent. « Une fois les palourdes collectées, on les revend à des professionnels (ostréiculteurs et mareyeurs) ». Mises en sac, les palourdes gagnent camions et fourgonnettes de la région. Parfois jusqu’en Espagne. « C’est à eux ensuite d’assurer le suivi sanitaire jusqu’à la revente ». Avant de les commercialiser sur les étals et de finir dans les assiettes. Quant aux volumes et à l’argent brassé durant l’année, silence radio. « Dieu seul le sait, et il n’est pas bavard », sourit Hervé qui sera encore fidèle au poste aujourd’hui.

(1) L’association revendique 500adhérents.

Régis Nescop



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