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Michel Ségonzac : « Sans ces bactéries, on n’aurait pas "Les Experts" ! »

Dernière mise à jour le mercredi 8 février 2012

Article paru sur le site "20 Minutes" - Lundi 06 Février 2012
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Michel Ségonzac : « Sans ces bactéries, on n’aurait pas "Les Experts" ! »

INTERVIEW - Michel Ségonzac, spécialiste de la biodiversité sous-marine, a fait des découvertes inédites dans les grands fonds marins...

En scrutant le fond des océans, Michel Ségonzac est allé de surprises en surprises : des vers géants qui vivent à plus de 3.000m de fond sur les dorsales volcaniques des océans, des crustacés poilus et des toutes petites bactéries qui peuvent reconstituer l’ADN humain. Le chercheur au Muséum national d’histoire naturelle sera mercredi soir à l’Institut océanographique, à Paris, pour une conférence gratuite et grand public.

Vous vous êtes spécialisé dans l’exploration des dorsales des océans. Qu’y avez-vous découvert ?

Je me suis spécialisé dans les communautés hydrothermales, découvertes à la fin des années 1970 au large des Galápagos. Elles vivent sur les dorsales sous-marines, ces montagnes volcaniques de 60.000km de long par lesquelles le magma s’épanche et forme la croute sous-marine. L’eau y est à plus de 400°C, à 2.500m de profondeur dans le Pacifique, 3.600m dans l’Atlantique. Là, les « fumeurs noirs » crachent un fluide très chaud composé de souffre, méthane, cadmium, mercure et d’éléments radioactifs. Cela permet le développement d’une faune particulière : crabes, vers, et un ver géant dans le Pacifique, du Mexique à l’île de Pâques. Ce ver fait 1.30m de long et 3-4cm de diamètre. Il vit dans un tube qui fait plus de 2m, et la population forme de véritables buissons. Il n’a ni bouche, ni anus, ni tube digestif, c’est un tube fermé qui se nourrit de bactéries. Par ses branchies, il nourrit ces bactéries de sulfure et de gaz carbonique. Les palourdes géantes de 30cm de long ont aussi intégré ces bactéries dans leurs tissus et elles filtrent l’eau pour capter le méthane nécessaire au développement des bactéries.

L’autre milieu que vous avez exploré sont les « suintements froids ». Qu’est-ce que c’est ?

Ils ont été découverts au milieu des années 1980. Ce sont des fonds de sédiments sur lesquels il y a des sorties de fluide un peu éparpillées, chargées en méthane. On y a découvert une communauté de bivalves, de moules, de palourdes géantes, de vers, de crevettes, d’anémones de mer… Là aussi, au départ de la chaine alimentaire on retrouve des bactéries qui vivent grâce aux hydrates de méthane. C’est d’ailleurs une source d’énergie considérable mais qui serait délicate à exploiter.

Quelles applications peuvent avoir ces découvertes ?

Les bactéries ultra-thermophiles, qui vivent à très haute température, peuvent être cultivées et sont capables de synthétiser des composés organiques qui ont des utilités en cosmétique, dans l’agroalimentaire, et la médecine pour fabriquer des prothèses osseuses par exemple. Les archées ont des capacités de réparer l’ADN : sans elles, on n’aurait pas de tests ADN en criminologie, ni de détection des anomalies des fœtus, ni Les Experts !

Votre grande découverte est la « Galathée yéti ». Vous pouvez nous la décrire ?

Au cours d’une plongée au sud de l’île de Pâques, j’ai vu un animal particulier, que je ne reconnaissais pas : c’est un crustacé de 15cm de long d’une nouvelle famille. Il a dix pattes, sa queue est repliée sous l’abdomen comme les Bernard-l’ermite et les araignées de mer. Je l’ai appelé Galathée yéti pour forcer le trait sur le côté mythique, et car il est tout blanc et couvert de soies, et aussi pour sa démarche maladroite.

Propos recueillis par Audrey Chauvet



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