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La vie foisonnante des abysses

Dernière mise à jour le jeudi 26 janvier 2012

Article paru sur le site "Les Echos" - Lundi 23 Janvier 2012
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La vie foisonnante des abysses

Alain Perez

Des chercheurs de l’université d’Oxford viennent de découvrir une multitude de nouvelles créatures abyssales entre le cap Horn et l’Antarctique.

Des combats sans merci se déroulent au fond des océans. Dans le noir absolu des abysses, des pieuvres se jettent sur des étoiles de mer, des crabes croquent des mollusques, et des moules se régalent de plancton. Tout en bas de cette chaîne alimentaire, des micro-organismes se contentent du plat unique servi par la maison : des composés soufrés et carbonés. Début janvier, une équipe de chercheurs britanniques a annoncé avoir découvert l’existence d’une vie foisonnante entre le cap Horn et l’Antarctique, dans la mer d’Ecosse (Scotia). A 2.400 mètres de profondeur, des crabes yéti poilus, des anémones de mer et des bernacles vivent sous une pression de 240 bars. « Nous avons découvert une faune de prédateurs indescriptible. C’est un écosystème unique qu’il faut protéger », a indiqué le chercheur britannique Alex Rogers du département de zoologie de l’université d’Oxford, qui dirigeait cette expédition.

Tout ce petit monde vit à proximité de cheminées hydrothermales et de colonnes baptisées « fumeurs noirs » qui tapissent le plancher océanique. Ces structures minérales de plus de 10 mètres de haut expulsent en permanence des nuages de matière venue des entrailles de la terre. En 1977, le premier site de ce type, baptisé « jardin de roses », a été découvert au large des îles Galápagos.

Résistance à la température

Aujourd’hui, plus d’un millier de champs hydrothermaux ont été recensés, essentiellement sur les lignes de fracture des plaques qui composent le plancher océanique. C’est un ver qui est le locataire le plus étonnant de ces biotopes. Alvinella pompejana est un bâtisseur assez exceptionnel. Cet annélide s’installe sur le flanc des fumeurs noirs et se construit un habitacle en forme de tube qu’il ventile par des mouvements réguliers. Ce ver intéresse les biologistes pour une bonne raison : il fabrique son cylindre isolant à partir de protéines inconnues sur terre qui résistent à la température, à la toxicité et à l’acidité du milieu.

A l’intérieur de certains fumeurs noirs, la température peut dépasser les 400 °C. Aucune forme de vie connue ne peut supporter ces conditions. Mais, dès que l’on s’éloigne, la température baisse rapidement. Le record actuel appartient à une bactérie sous-marine qui supporte une température de 120 °C. Ces microbes unicellulaires sont les briques élémentaires de la vie et existent probablement depuis des milliards d’années. Ils puisent leur énergie dans les seules ressources disponibles : des sulfates, des nitrates et des particules métalliques. Curieusement, chaque champ hydrothermal semble entretenir sa propre troupe d’habitants.

« Les espèces que nous avons identifiées au fond de la mer d’Ecosse sont totalement différentes de celles que nous connaissons dans le Pacifique ou l’océan Indien », assure Alex Rogers. La semaine dernière, une autre équipe de chercheurs britanniques a photographié un champ hydrothermal au large des îles Caïmans. Profondeur : 5.000 mètres. Dans les semaines qui viennent, ces scientifiques vont vérifier si cet « autre monde » abrite d’éventuelles formes de vie capables de supporter une pression de 500 bars. Cinq cents fois la pression atmosphérique.



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