Manger la mer, Invitez la mer à votre table !

Accueil > Actualités de la mer > La marée noire atteint les côtes de Floride

La marée noire atteint les côtes de Floride

Dernière mise à jour le mercredi 9 juin 2010

Le Figaro.fr - Mardi 8 Juin 2010



La marée noire atteint les côtes de Floride

La population ne cache pas sa colère contre BP, accusée de passivité dans la protection des plages.

Ashley De Paula marchait avec sa fillette de 3 ans devant leur maison de bois, sur le sable le plus blanc et le plus fin du monde, lorsqu’elle a remarqué que les chevilles de son enfant étaient couvertes de taches couleur bronze. « Une personne travaillant pour BP s’est approchée de moi et m’a dit : “Ne revenez plus sur la plage. Je perdrais mon emploi si on savait que je vous ai dit ça, mais c’est un environnement extrêmement toxique”. »

Énervée, Ashley constate que deux jeunes recrues de BP sont affalées sur des chaises longues au lieu de nettoyer la plage. « C’est un scandale. BP ne fait rien ou fait semblant d’agir. Pourquoi ces jeunes ne sont-ils pas correctement supervisés ? » Les mots s’entrechoquent dans la bouche de la jeune femme, tandis que des dizaines de baigneurs folâtrent dans les vagues. À l’entrée de la plage du Gulf State Park, quelques centaines de mètres plus loin, un avis a été affiché : « Avertissement sanitaire. On conseille au public de ne pas se baigner dans ces eaux en raison de la présence de produits chimiques dérivés du pétrole. » Les gens nagent quand même, certains avec leurs jeunes enfants. « Pour l’instant, les autorités locales ont décidé de ne pas interdire la baignade », commente Blake, un maître-nageur de 18 ans. « C’est de la folie, dit-il. Hier, j’ai aidé une grand-mère et son petit-fils. En sortant de l’eau, ils avaient les bras couverts de goudron. Ils ont essayé de s’en débarrasser et des cloques sont apparues. »

80 jeunes armés de râteaux

Ashley se précipite comme une furie vers Brian Sibley, l’homme chargé de répondre aux questions des journalistes pour le Joint Info Center, une firme de relations publiques engagée par une nébuleuse complexe englobant le gouvernement fédéral, les autorités locales et BP. « On savait bien que la marée noire allait arriver ici. Pourquoi des mesures n’ont-elles pas été prises immédiatement ? »

Depuis le week-end dernier, des milliers de boules de goudron s’échouent sur les plages de Pensacola, en Floride. En ce début de saison, les touristes ne sont pas venus en masse sur les plages du golfe du Mexique. Certains sont bien venus d’Arkansas ou du Kentucky pour profiter de la côte avant la marée noire. Mais beaucoup d’autres ont annulé leurs vacances. Aussi les communes du littoral hésitent-elles à décourager les vacanciers présents. S’ils partent, ils ne reviendront plus. Les stations balnéaires seront alors complètement désertées pour le reste de l’été. Un désastre économique.

La chaleur est insupportable. En être réduit à contempler cette mer turquoise sans pouvoir s’y jeter est un supplice. Dans les restaurants, les menus ne proposent que fruits de mer et poisson. On hésite à commander de tels mets. « Les pêcheurs sont obligés d’aller beaucoup plus au large. Donc, officiellement, il n’y a pas de danger, explique le serveur du café Thelma. Mais, entre vous et moi, qui nous dit que le poisson ne s’est pas aventuré près du brut et du dispersant ? »

Sur la plage du Gulf Island National Seashore, une extraordinaire étendue de sucre vanillé bordée de joncs vert pastel, une femme ramasse des boules de goudron avec ses mains nues. « Je sais que c’est toxique, dit-elle, mais je ne veux pas que les oiseaux les mangent ». Un geste futile, tant les pâtés de brut sont innombrables. Quant aux algues, elles sont imbibées de pétrole. Pour en avoir le cœur net, un homme s’est mis à les presser de papier essuie-tout. Celui-ci prend instantanément une couleur brune graisseuse. Seulement 80 personnes ont été recrutées à l’ANPE locale pour nettoyer cette portion de 21 km de plage. Et encore : la plupart ne sont équipés que de malheureux râteaux. Ils n’ont pas l’air non plus très ardents. Ils ratissent mollement, font des pauses sans arrêt. Vu l’ampleur du désastre qui se prépare pour les côtes de Floride et d’Alabama, on est confondu par la langueur de l’action.

Les Floridiens attendent Obama

« BP me révolte », hurle Larry B. Johnson en arrivant devant les camions des télévisions locales regroupés sur le parking de la plage principale. Ce conseiller municipal arpente les planches à vélo depuis samedi pour observer les méthodes du géant pétrolier. « Devinez ce qu’ils ont fait ce matin ? Une douzaine d’entre eux sont arrivés sur la plage avec des bouteilles en plastique coupées en deux et ils se sont mis à collecter les boules de goudron avec ça ! Et ils ne sont restés que 40 minutes. C’était une opération de relations publiques. C’est une honte. J’exige la tête de Tony Hay­ward, le PDG. J’exige que BP soit expulsée de ce pays. »

Ashley et Larry égrènent leurs griefs contre la compagnie pétrolière ; Brian Sibley écoute sans piper mot. Des hélicoptères de l’armée passent en rasant la surface de l’eau. Des manifestants bran­dissent des pancartes dénonçant BP. Des baigneurs s’ébattent toujours dans la mer. « Je ne comprends pas », s’étonne Terri Holley, qui organise des manifestations depuis six semaines. « On sait que l’eau est contaminée. Hier, j’étais avec ma fille sur la plage du National Seashore. Il y avait d’énormes pâtés de brut, mais personne pour nettoyer. Pourquoi ? Parce que là-bas, il n’y a pas foule. J’ai rempli 10 sacs poubelles et je suis allée les déposer aux pieds du responsable local de BP. »

Les Floridiens commencent à réclamer une visite d’Obama. Il s’est rendu trois fois en Louisiane, disent-ils, mais on ne l’a pas encore vu ici.



Suivre la vie du site RSS 2.0 | Contacts | Qui suis-je ? | Remerciements | Plan du site | SPIP