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La chasse aux déchets lancée

Dernière mise à jour le mercredi 23 mars 2011

Article paru sur le site "Sud-Ouest" - Mercredi 23 Mars 2011
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La chasse aux déchets lancée

[VIDEO] La Surfrider Foundation mènera ce week-end son opération de nettoyage printanier. Un travail de Samaritain.

C’est le printemps, le nettoyage des plages est de retour. Organisées par la Surfrider Foundation, l’association biarrote de protection du milieu marin, les Initiatives océanes sont programmées ce week-end, du 24 au 27 mars (lire par ailleurs). Elles tomberont forcément à pic, le ramassage des déchets marins tenant du travail de Sisyphe.

Chaque année, de gros moyens sont engagés par les collectivités locales pour garantir la propreté du littoral du golfe de Gascogne. Dans les Landes, le nettoyage des 106 kilomètres du rivage est coordonné par le Conseil général. L’an dernier, il en a coûté plus de 2 millions d’euros au Département et aux 15 communes littorales, soit une somme en constante augmentation (1,26 million en 2004). « La facture oscille entre 2 et 2,5 millions d’euros par an pour les sept communes littorales », explique de son côté Mathieu Darmendrail, l’ingénieur de Kosta Garbia, le syndicat mixte qui regroupe les collectivités territoriales du littoral basque.


Environ 850 sites à nettoyer

Les Initiatives océanes de la Surfrider Foundation sont maintenant bien installées dans le paysage printanier. La manifestation, qui en est à sa 16e édition, démarre demain, jeudi, et se poursuit jusqu’à dimanche. Si elle se résumait à quelque 150 ramassages sur les plages (essentiellement régionales) il y a encore cinq ans, il y en a eu très exactement 969 l’an passé.

Quasiment toutes les grandes plages de la région verront des bénévoles patrouiller avec des sacs-poubelle ce week-end. Surfrider ambitionne d’étendre le dispositif un peu partout sur la planète. « La majorité des événements ont lieu en France, mais nous nous internationalisons de plus en plus », se satisfait Gabriel Gélin, le responsable de la communication de l’association.

La semaine dernière, le curseur a dépassé la marque des 750 opérations à mener. Avant-hier, on en était à 842. D’Hendaye à Saint-Martin-de-Ré, les initiatives fourmillent. Les sites, les dates et les heures des ramassages sont compilés sur un site Internet dédié, initiativesoceanes.org. Nombre d’opérations se préparent dans les derniers jours. Là aussi, on peut passer par le site Internet.

Selon Surfrider, la maturité de l’événement lui attire la sympathie de communes littorales, d’associations et d’entreprises, qui chaperonnent elles-mêmes des déplacements collectifs. « Ce n’était pas forcément le cas auparavant. Certaines communes voyaient les Initiatives océanes d’un mauvais œil, comme si notre volonté était de nous substituer à elles, alors que le but est avant tout pédagogique. Les scolaires sont d’ailleurs très impliqués », ajoute Gabriel Gélin.

Surfrider met aussi en ligne une pétition pour que les déchets en mer soient reconnus comme une pollution à part entière. (J-D.R.)


L’effort est à la mesure du chantier. L’an dernier, le seul week-end de nettoyage de la Surfrider avait abouti à la collecte de 4 900 mètres cubes de déchets au long des plages et des rivières françaises (la majorité des opérations se déroule dans le Sud-Ouest). Pour reprendre l’exemple landais, ce sont 10 560 mètres cubes de déchets qui ont résulté l’an dernier du ratissage systématique des plages par le Conseil général.

Dans les fonds marins

La pollution marine déborde largement les plages. La laisse de mer est visible, pas les déchets flottant au large, ou engloutis. L’institut Ifremer a lancé en 1992 des campagnes en mer afin d’évaluer les quantités de déchets présents sur le plateau continental des côtes françaises (le plateau est le prolongement du continent sous la mer, avant la tombée dans les plaines abyssales). Il y aurait 50 millions de pièces de détritus dans le golfe de Gascogne, ce qui est presque un détail au regard de l’état des lieux en Méditerranée : 300 millions en face du seul littoral français.

« Le phénomène est connu. Je me souviens d’une plongée en submersible dans le canyon du Cap-Ferret en 1979 [NDLR : au large en face de la côte girondine]. On y trouvait déjà des sacs plastique et des débris de tous ordres. Il y a un effet d’accumulation dans les canyons, celui du Cap-Ferret ou celui de Capbreton. Le courant de pente peut entraîner les déchets en profondeur. On constate leur présence sur les fonds marins à plusieurs milliers de mètres », témoigne Michel Cremer, chercheur au laboratoire d’océanographie Epoc, CNRS-Bordeaux 1.

L’évaluation de la pollution sur les fonds et dans la colonne d’eau est évidemment imprécise. Mais les études permettent au moins de dégager des tendances. « La quantité de déchets a l’air d’être à peu près stable dans le golfe de Gascogne. Elle semble décroître en face du Portugal et du nord de l’Espagne », note François Galgani, qui pilote le dossier pour le compte de l’Ifremer. Cette amélioration est pour partie due à la fermeture graduelle des décharges à ciel ouvert.

À l’automne 1996, le glissement en mer d’une partie de la décharge de La Corogne, en Galice, avait provoqué l’émoi en Aquitaine.

Le plastique, roi de l’Océan

Sur les plages comme sur le plancher océanique, le plastique est le principal témoin de la pollution passée et présente. Il représente de 60 à 95 % des débris recensés par l’Ifremer sur le plateau continental. Verre, métal, reliquats de matériel de pêche, bois… Pour le reste, rien ne manque à la panoplie. Mais c’est bien le plastique qui suscite les inquiétudes. Sa dégradation peut prendre des milliers d’années. Il est quasiment éternel à grande profondeur, à l’abri de la lumière et de l’oxygène.

Le supprimer du paysage des plages et des fonds marins supposerait de réduire les apports. Tous les apports. Ceux de l’Espagne et du Portugal, happés à l’automne et en hiver par le flux chaud et salé du courant du Portugal, qui longe la côte nord de l’Espagne et bifurque vers la Bretagne en face des côtes françaises. Ceux de tous les pays du monde, tant le jeu des courants est complexe dans le golfe de Gascogne. « Il existe un phénomène de gyre, c’est-à-dire de courant tourbillonnant lié aux vents, ce qui provoque des accumulations », note Bernard Le Cann, chercheur au Laboratoire de physique des océans de Brest.

Les déchets de la terre

La présence d’ordures d’origine étrangère dans l’Atlantique n’épuise pas la question. « Il y a tous les ans en France 200 000 tonnes de déchets domestiques et industriels qui échappent aux filières et partent dans la nature. C’est le papier gras que l’on jette par la portière de la voiture comme les déchets qui tombent des camions. Et il y a encore beaucoup d’abus sur les dépôts sauvages », rappelle Charlotte Nithart, la directrice de l’association Robin des Bois, qui coordonnait le groupe de travail sur les déchets aquatiques lors des discussions du Grenelle de l’environnement.

Ces déchets de la terre se retrouvent à la mer. Dans la région, ils sont charriés par les panaches en mer de la Charente, de la Gironde et de l’Adour. Pour qui a stationné ces derniers jours au bord de l’estuaire de la Gironde, le phénomène est parlant. « L’afflux est important l’hiver en provenance de la Gironde. Les débris sont piégés dans les vasières devant l’estuaire. Puis ils sont redistribués l’été par les courants », détaille François Galgani. Et finissent parfois sur les plages. Là, leur ramassage coûte 10 à 30 fois plus cher que dans la filière classique d’élimination des déchets.



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