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La Marée noire en questions : "Cette catastrophe doit faire avancer la connaissance du milieu marin"

Dernière mise à jour le jeudi 24 juin 2010

MétroFrance.com - Mardi 22 Juin 2010



"Cette catastrophe doit faire avancer la connaissance du milieu marin"

Bertrand Chapron, responsable du laboratoire d’Océanographie Spatiale au centre Ifremer de Brest a chaté des conséquences de la marée noire avec les metronautes.

Bonjour

Quichon : Bonjour. Où est exactement le problème ? Comment ça se fait qu’aucunes tentatives ne soient vraiment concluantes ?
Cela est principalement lié à la profondeur de la source. La catastrophe s’est produite par 1500 m de profondeur. Les interventions sont donc très délicates, et les technologies certainement mal adaptées.

Sissi : Nous partons en Floride le 04 juillet, la marée noire a-t-elle atteint Key West et Miami ? Pourrons-nous nous baigner sans craindre pour notre santé face aux diluants (invisibles) versés par B.P. Merci pour votre réponse.
A priori, la nappe a été fragmentée par la combinaison des produits chimiques et l’action naturelle de l’océan. La pollution ne sera donc pas probablement visible, et vous devriez toujours profiter d’une excellente visibilité pour vos baignades. D’un point de vue sanitaire, je ne pense pas que cela soit particulièrement dangereux.

John : C’est quoi les conséquences directes et à long terme sur les écosystèmes ?
Les conséquences sont certainement multiples et encore difficiles à évaluer. La pollution des zones humides sera certainement ressentie sur des dizaines d’années. Faune et flore seront effectivement largement impactés, avec des effets combinés certains. Pour l’océan, le flux d’huile est vraiment très grand et va affecter l’ensemble de la colonne d’eau. Par ailleurs, les mouvements qui transportent cette pollution font qu’aucune zone ne peut-être vraiment épargnée.

John : Et sur les hommes ?
On peut effectivement imaginer qu’un effort très important va être déployé pour mesurer et évaluer précisément les risques sanitaires. Les hommes seront donc certainement les mieux protégés. Des pratiques économiques seront certainement plus affectées, et cela tombe certainement assez mal après Katrina. J’espère que les leçons seront tirées et que des effets positifs (recherche, sécurité, connaissance et protection du milieu) seront obtenus.

Gas : Quelle est la situation sur les côtes : peut-on évaluer le nombre d’hectares touchés, d’oiseaux mazoutés, de poissons morts ?
Je ne connais pas précisément les chiffres, mais la fuite reste intense. On ne connait pas exactement son flux. Le bassin fermé du Golfe du Mexique dans son entier risque effectivement d’être impacté.

Pascal : Le dispersant est-il une solution ou une pollution supplémentaire ?
C’est un effort pour transformer en microbulles l’huile qui s’échappe. L’idée est d’accélérer la dilution, et de minimiser visuellement l’ampleur de la fuite. Maintenant l’interaction avec le milieu est effectivement source supplémentaire de pollution.

Gas : Après l’Exxon-Valdez, l’Amoco Cadiz, l’Erika, on entend toujours "plus jamais ça" mais est-ce que les pétroliers vont tirer des leçons de cette marée noire ?
J’ose imaginer que de nombreux efforts ont été entrepris pour minimiser les risques. Mais le cas des forages à grande profondeur présente encore une nouvelle source de difficultés. Je crois qu’effectivement l’exploitation intensive, et le transport resteront des sources régulières de catastrophes. Par ailleurs, je tien à préciser que des dégazages illicites prennent certainement place à l’heure où nous échangeons. C’est donc un problème très vaste.

Flamby : Combien de temps la nature va-t-elle mettre pour éliminer toutes ses traces ?
Pour exemple, des traces de l’accident Amoco en Bretagne peuvent encore se trouver dans les abers. Il est dit que des espèces ne sont plus réapparues en Alaska après la catastrophe Exon. Les zones humides seront certainement très affectées et pour plusieurs dizaines d’années.

Cry : Qu’est-ce que devient le pétrole qu’on a réussi à enlever ?
Je ne suis pas spécialiste, mais j’imagine que des efforts sont menés pour le recycler. Les pompages de la nappe en pleine mer permettent de séparer l’huile de l’eau de mer.

Amin : Est-ce que le pétrole coule au fond de la mer ?
Sur l’ensemble de la colonne d’eau, il y a des volumes très importants. Les diluants agissent pour minimiser le dépôt au fond.

Jiji : Quel impact sur la chaine alimentaire ?
Encore une fois bien difficile à évaluer. Mais j’imagine que la zone entière va être évitée par toute la chaîne.

Frelon : S’agit-il de la plus grande marée noire qui ait existé ?
En tout cas, c’est celle qui est la mieux observé. Par ailleurs le forage en grande profondeur est assez récent. La maîtrise totale de la fuite n’est pas acquise, et une quantité certainement jamais connue s’est échappée.

Herv : Que pensez-vous de l’attitude d’Obama ? En fait-il assez selon vous ?
Ce n’est pas mon expertise. Mais il est à souligner les efforts de l’ensemble des communautés (scientifiques incluses) pour essayer de mieux observer, évaluer, mesurer, mitiger, les effets de cette catastrophe.

Anna : Quelles conséquences faut-il tirer de cette catastrophe. A-t-on le droit de continuer à prendre de tels risques ?
J’imagine mal que la course ne s’arrête, et des forages de plus en plus profonds et complexes sont certainement en développement. J’espère que les efforts de sécurité vont être prioritaires, et que les technologies évolueront favorablement. On ne va pas cesser de consommer pour cela !

Gandhi : Peut-on utiliser l’équipe de France pour nettoyer les plages de Louisiane, car il y a de grande chance qu’ils aient du temps à perdre dans les prochaines semaines ?
Ne pas s’inquiéter pour eux. Ils vont certainement se réchauffer sur d’autres plages.

Fric : BP paie-t-il assez ?
Loin de mon expertise. On ne peut vraiment payer une telle dégradation. L’évaluation minorera toujours l’impact réel. Mais BP, si l’action survit, sera peut-être le fer de lance de la recherche pour d’autres sources d’énergie, ou sur la connaissance du milieu marin. Sait-on jamais ?

Champagne forever : Franchement, si le pétrole reste au fond de l’océan, c’est si grave que ça ? On en verra les effets à court ou moyen terme ?
Demander aux espèces qui vivent au fond des océans… Il est à répéter que les fuites d’huile sont légions dans le gruyère du Golfe du Mexique, mais que lors de cette catastrophe, ce sont des volumes assez inouïs qui se sont échappés. Donc, c’est très grave, cela doit faire vraiment mieux réfléchir, et faire avancer la connaissance du milieu marin.

Merci à vous. Et ne pas hésiter à mieux apprécier notre nature.



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