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Jean-Yves Le Drian et la politique maritime de la France : "Ça gueule sur les quais !"

Dernière mise à jour le mardi 30 novembre 2010

Article paru sur le site "Le Point.fr" - Lundi 29 Novembre 2010
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Jean-Yves Le Drian et la politique maritime de la France : "Ça gueule sur les quais !"

Du 30 novembre au 1er décembre, les Assises de la mer se dérouleront à Toulon (Var). Parmi les préoccupations de l’heure dans le monde maritime, l’absence d’un département ministériel spécifiquement en charge de ce dossier. Et la crainte afférente que le discours volontariste de Nicolas Sarkozy au Havre, le 16 juillet 2009, demeure un voeu pieux. Le président avait alors déclaré : "Je suis venu vous dire que la France doit cesser d’ignorer le formidable destin maritime qui doit être le sien. Nous devons reconstruire une politique et une ambition maritimes pour la France." Ancien secrétaire d’État à la Mer (1991-1992), président du conseil régional de Bretagne et depuis peu à la tête de la puissante Conférence des régions périphériques maritimes européennes, le socialiste Jean-Yves Le Drian conteste les orientations gouvernementales actuelles, affirmant que "plus personne ne porte l’ambition maritime" de la France. Interview.

Le Point : Vous êtes depuis quelques semaines président de la Conférence des régions périphériques maritimes (CRPM), qui regroupe 160 régions européennes riveraines de la mer, du cap Nord à la mer Noire, comptant 225 millions d’habitants. Estimez-vous, à ce titre, que la France accorde assez de place à sa politique maritime ?

Jean-Yves Le Drian : Pour ne rien vous cacher, je ne le crois pas vraiment ! Je ressens même une certaine amertume en constatant que le nouveau gouvernement ne possède plus de ministre spécifiquement en charge de la mer. Je comprends d’autant moins que le 16 juillet 2009, voici dix-huit mois seulement, le président de la République avait expliqué dans un excellent discours au Havre qu’il souhaitait "réparer un oubli historique" et redonner à la France maritime la place qui lui revient. Je peux vous l’affirmer : ça gueule sur les quais ! Je suis d’autant plus déçu que Jean-Louis Borloo avait pris les choses en main et donné l’impulsion politique nécessaire. Il avait fait du bon travail en lançant le Grenelle de la mer et les "autoroutes maritimes", en agissant en faveur des énergies marines ou en lançant une nécessaire réforme portuaire. Sans ministère, il n’y a plus d’impulsion. Plus personne ne porte cette ambition, alors que la mer mérite une volonté politique forte.

Le Point : Mais l’impulsion forte que vous réclamez doit-elle venir de Paris ou de Bruxelles ?

Jean-Yves Le Drian : La politique maritime a beaucoup évolué depuis la catastrophe de l’Erika, en décembre 1999. Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a demandé la mise en place d’une politique maritime européenne intégrée et celle-ci a vu le jour. Et j’observe, pour m’en réjouir, qu’un commissaire européen, Mme Maria Damanaki, est en charge des politiques maritimes et de la pêche. De réelles avancées ont été faites, qu’il s’agisse du contrôle des ports, de la crédibilité des sociétés de classification, du suivi technique des navires et de leurs cargaisons. Les capacités des États membres ont été accrues pour le cas où de nouvelles catastrophes surviendraient. Tout ceci est très positif. Pour autant, il faut aller plus loin. Comme tous mes collègues élus des régions côtières, je pense que nous devons aller vers de nouvelles avancées.

Renforcer le contrôle de l’État

Le Point : quelles sont celles que vous jugez prioritaires ?

Jean-Yves Le Drian : Les porte-conteneurs géants, qui transportent parfois plus de 10.000 boîtes, font peser des risques énormes sur nos espaces maritimes. Nous n’avons pas mesuré les risques en cas de naufrage ou d’échouage. Nous devons également agir très rapidement sur une harmonisation européenne des formations des équipages, car nous manquons cruellement en Europe d’officiers de marine marchande. Autre problème : les couvertures sociales disparates, qui induisent des distorsions directement liées à la sécurité de la navigation. Enfin, nous devons absolument renforcer la législation sur le contrôle de l’État du pavillon, celui auprès duquel les armateurs immatriculent leurs navires. C’est un chantier majeur, stratégique, qui nous prendra de trois à cinq années.

Le Point : Les abords maritimes européens constituent un enjeu majeur, dont le contrôle demeure une prérogative des États. Faut-il regretter l’absence d’un corps européen de gardes-côtes ?

Jean-Yves Le Drian : Franchement, je ne le pense pas. Je ne crois pas aux voeux incantatoires. J’observe en outre qu’en France comme dans d’autres États, l’organisation mise en place pour la lutte contre la pollution n’est pas si mauvaise. Pour ce qui concerne notre pays, la marine nationale, les Affaires maritimes et les douanes travaillent bien ensemble. Pourquoi aurait-il fallu changer une organisation qui marche ? L’important est ailleurs, dans la définition de normes européennes, et des exigences qui vont avec pour le contrôle de l’immigration illégale, la répression de tous les trafics, y compris celui des êtres humains. En ce sens, la CRPM doit être encore plus écoutée et doit renforcer son rôle de force de proposition. C’est l’ambition qui m’anime.



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