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Incertitudes sur l’avenir du thon rouge

Dernière mise à jour le mercredi 24 novembre 2010

Article paru sur le site "Le Figaro.fr" - Lundi 22 Novembre 2010
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Incertitudes sur l’avenir du thon rouge

L’Iccat devrait définir de nouveaux quotas de pêche au terme des négociations qui s’ouvrent à Paris.

Difficile de savoir ce qui va sortir des négociations sur la pêche au thon rouge qui vont se tenir durant toute la semaine prochaine à Paris, à l’occasion de la 17e assemblée générale de l’Iccat, acronyme anglais de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique. L’avenir du thon rouge nécessite assurément des décisions drastiques. En septembre 2009, la principauté de Monaco avait demandé sans succès l’inscription du thon rouge à l’annexe 1 de la Cites, la Convention sur le commerce international des espèces menacées.

Fort de ce signal, Fabio Hazin, le président de l’Iccat, s’est déclaré déterminé à assurer la survie de ce grand poisson migrateur qui voyage des tropiques à l’Arctique et se reproduit en Méditerranée. Mais ses pouvoirs sont limités car les quotas de pêche 2011 ne seront décidés qu’à l’issue de discussions à huis clos entre les représentants de la quarantaine de pays pêcheurs, membres de l’Iccat. Or, leurs intérêts sont contradictoires et leurs positions divergentes.

Échaudés par la quasi-disparition du thon rouge de l’Ouest Atlantique, les États-Unis prônent une réduction des quotas. En 2009, le Congrès américain avait inscrit la France sur une liste noire des pays qui ne parviennent pas à contrôler et juguler la pêche illégale. Le Japon, qui importe près de 80 % des thons pêchés en Méditerranée, demande des contrôles plus sévères pour enrayer la pêche illégale et le marché noir. Quant à l’Union européenne, c’est la zizanie. La France, l’Italie, l’Espagne et la Grèce se sont opposées à la commissaire européenne chargée de la Pêche, Maria Damanaki. En effet, cette dernière demandait des quotas de 6 000 tonnes, soit moitié moins que la fourchette haute proposée par le conseil scientifique de l’Iccat.

Les ONG qui mettent la pression sur l’Iccat demandent un arrêt de la pêche et, à défaut, une interdiction autour des zones de frai. « En matière de pêche et de protection des océans, l’Union européenne a la même politique que les États-Unis en matière cl imatique », déplore Rémi Parmentier, de la fondation américaine Pers. « La période sombre où l’Iccat ne suivait pas les avis du comité scientifique est révolue. Les mesures de conservation du thon rouge sont au premier rang de nos priorités », a assuré Fabio Hazin, en ouvrant la réunion plénière. « Compte tenu des incertitudes scientifiques et de la pêche illégale, une approche de précaution est nécessaire », a-t-il ajouté en soulignant que l’Iccat devrait être amenée à renforcer les contrôles des pêches.

Les avis des scientifiques de l’Iccat sont entachés d’incertitudes. En effet, les 13 500 tonnes de quotas préconisés pour 2011 n’ont qu’une probabilité de 60 % de permettre une récupération des stocks de thon en 2022. Une marge d’incertitude que ceux qui enquêtent sur les fraudes en Méditerranée, comme Roberto Mielgo Bregazzi, spécialiste de l’aquaculture, jugent insupportable. Il a découvert récemment, par exemple, qu’à Malte une ferme engraisse des thons rouges prétendument pêchés par des bateaux coréens. Or, le jour même de la réunion de l’Iccat, les représentants de ce pays lui ont assuré que cette déclaration était frauduleuse, aucun bateau coréen n’ayant déclaré cette capture. « Qui a pêché ces poissons qui ont été apportés par un cargo battant pavillon bolivien ? Je ne sais pas », répond M. Bregazzi.

« Ces fraudes n’ont rien d’opportuniste, elles sont criminelles », a estimé Serge Beslier, directeur honoraire de la Commission européenne et administrateur en chef des affaires maritimes, lors d’un débat organisé par la fondation Pew. Organisées à grande échelle, elles faussent les données que les scientifiques intègrent dans leurs modèles. Si ces pratiques frauduleuses ne sont pas traquées par les autorités maritimes nationales, c’est que ces dernières ont d’autres priorités : trafic de drogue, de cigarettes, immigration. Consciente de ces problèmes, l’Iccat affiche la volonté de mettre en place des sanctions. « On ne pourra pas se contenter de suivre les avis scientifiques, il faudra aller plus loin », affirme Fabio Hazin .

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