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Huîtres. Nouvelle saison de crise pour les Bretons

Dernière mise à jour le mardi 24 mai 2011

Article paru sur le site "Le Télégramme" - Mardi 24 Mai 2011
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Huîtres. Nouvelle saison de crise pour les Bretons

En Bretagne, l’eau est passée au-dessus des 16º. Et pour la quatrième année, c’est l’hécatombe chez les huîtres juvéniles (*). Les stocks fondent et la profession ne voit pas le bout du tunnel.

« Selon les secteurs, 30 à 80% des juvéniles vont disparaître. Dès que la mer se réchauffe, c’est reparti ! En 2010, ça a commencé par la Corse, puis l’étang de Thau, Arcachon et le Morbihan avant de remonter vers la côte Nord. Cette année, la chaleur est arrivée avec un mois et demi d’avance ! » Porte-parole du comité conchylicole pour la Bretagne-Sud, Hervé Jenot estime que la profession est « KO debout ».

Totalement empirique

En quatre ans, quelles parades les ostréiculteurs et les scientifiques ont-ils trouvées pour lutter contre le virus et les bactéries qui s’attaquent aux naissains d’huîtres ? « Tous les ans, on essaie des nouvelles techniques. On s’inspire de ce qui réussit chez les autres. C’est totalement empirique pour l’instant ». Un ostréiculteur pensait avoir trouvé la solution : il a copié les techniques coréennes, en remontant les naissains sur l’estran pour qu’ils restent 10heures hors d’eau. « Ça a marché l’an dernier. Pas cette année ».

Quant à la « piste japonaise », elle est abandonnée depuis le tsunami. Les ostréiculteurs espéraient y récupérer une souche résistante d’huître creuse dans la baie de Sendaï au Japon, comme ils l’avaient déjà fait dans les années soixante-dix, après un précédent épisode de surmortalité.
Mais les installations de Sendaï sont totalement détruites. Et la solution ne viendra pas non plus de Nouvelle-Zélande, ni du Maroc, ni d’Australie dont les cheptels sont aussi infectés.

Les stocks fondent

Il faut trois ans pour faire une huître. Ça fait quatre ans que la reproduction est mise à mal.Les entreprises ont du mal à garder la tête hors de l’eau. « Depuis 2008, nous sommes indemnisés au titre des calamités agricoles. Les deux premières années, les aides ont permis de maintenir la trésorerie des exploitations sans renflouer le cheptel.En 2010, il y a eu un effet ciseau, les entreprises ont diminué leurs effectifs et dans le même temps, le prix des huîtres a augmenté ». Mais 2011 s’annonce douloureuse : « Le consommateur n’achètera pas beaucoup plus cher, il y aura moins d’huîtres à vendre et il sera difficile de comprimer davantage les effectifs ».

Diversification ou changement d’activité ?

Un tiers des entreprises ostréicoles pourraient fermer d’ici un an, en Bretagne-Sud. Les premiers à mettre la clé sous la porte seront les jeunes récemment installés et les anciens proches de la retraite. Pour les autres, la diversification est le maître mot. Mais la profession est sceptique : « Faire de la moule ? Le marché est à saturation. Les algues ? Ça ne peut être qu’une niche. Les ormeaux ? C’est réservé aux îles et à la côte Nord. Organiser la dégustation de produits à terre, recevoir des classes de mer ? Pour faire un peu de trésorerie, c’est un bon complément mais pas une activité de substitution ». Souvent évoquées, la création de ports à sec et l’ouverture de gîtes sur le littoral posent plusieurs problèmes. Il faut respecter les règles d’urbanisme (domaine maritime, loi Littoral). « Et puis, qui reviendra à l’ostréiculture après avoir géré un port à sec ? ».

* Excepté à Morlaix et dans les abers.

Flore Limantour


Un nouveau fonds spécial pour l’ostréiculture

Plus de 3.000 personnes travaillent dans les chantiers ostréicoles bretons (2.000 équivalents temps plein), selon le comité régional de la conchyliculture. Elles sont 5.000, selon la CFDT. Pour éviter une hémorragie des emplois, plusieurs dispositifs ont été mis en place. Notamment l’« activité partielle de longue durée » qui prévoit une formation indemnisée sans licenciement pendant près de deux ans. Mais l’employeur devait jusqu’à présent continuer à verser 20% du salaire et les dossiers avaient bien du mal à se mettre en place. Ça va changer : « On nous a annoncé la création rapide d’un fonds ostréicole interministériel. Le chômage partiel sera indemnisé à 100% » a annoncé hier Goulven Brest, le président du Comité régional conchylicole. Les dossiers des salariés devraient donc se débloquer rapidement. Ce qui ne résoudra pas le problème de la baie de Quiberon où seules une dizaine d’entreprises sur cinquante devraient survivre. Leur modèle économique, qui repose sur la quantité et le faible coût, est aujourd’hui remis en cause.

Bourse aux emplois agricoles en Morbihan

Pour leurs salariés, une initiative arrive à point. La CFDT du Morbihan a annoncé hier que la MSA (80% des salariés ostréicoles), la FDSEA et le service social maritime viennent d’obtenir de la Bourse régionale d’emplois agricoles (AEF) qu’elle propose des postes dans les secteurs du maraîchage, de l’horticulture et des espaces verts, aux employés du secteur ostréicole (voir renseignements ci-dessous). Qu’ils soient encore en activité ou déjà au chômage. Renseignements Les offres d’emploi sont consultables en temps réel sur www.anefa.org et il est possible de téléphoner à l’AEF au 02.97.46.22.14 où une opératrice enregistre les demandes.

F.L.



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