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Faire repousser le corail de la Grande Barrière

Dernière mise à jour le mardi 24 août 2010

Article paru sur le site "Les Echos.fr" - Mardi 24 Août 2010
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Faire repousser le corail de la Grande Barrière

Classé au patrimoine mondial de l’humanité, le plus grand récif corallien au monde, au large de l’Australie, est en péril. Les chercheurs s’organisent pour stimuler sa croissance, à l’aide, en autres, de courants électriques.

Peut-on encore sauver la Grande Barrière de corail ? La question inquiète sérieusement les scientifiques. « Les écosystèmes coralliens sont aux océans ce que les forêts sont aux zones tropicales. Et, sous l’eau, c’est le réchauffement climatique qui tient lieu de bûcheron, explique Pascale Chabanet, chercheuse à l’Institut de recherche pour le développement, à La Réunion. Si ces forêts sous-marines s’éteignent, c’est le réservoir de biodiversité le plus riche de la planète qui disparaîtra avec elles. »

Accompagnée de plusieurs scientifiques de l’université de Newcastle (Royaume-Uni), de la Société de conservation de la faune (New York) et de l’université James Cook (Townsville, en Australie), elle vient de passer en revue une soixantaine de sites coralliens de l’océan Indien, et son constat fait frémir : l’ouest de la zone a vu disparaître presque la moitié de son récif.

Le phénomène ne fait que commencer, selon le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec). La cause du dépérissement est connue. Le corail entretient une relation symbiotique avec la zooxanthelle, une algue qui réalise pour lui la photosynthèse. Elle prête au corail sa couleur vive, lui fournit l’énergie qu’elle puise du soleil et récupère en retour de l’azote et du dioxyde de carbone. Le couple fonctionne parfaitement à des températures situées entre 20 °C et 30 °C et à une salinité de 34 % à 37 %. Mais il suffit d’une faible variation en dehors de ces seuils pour que le corail expulse l’algue et dépérisse. Le mécanisme a touché la Grande Barrière en 1998 et en 2002. Près de 95 % des coraux ont été plus ou moins affectés, et 3 % ont péri.

Pouponnières en céramique

Pour sauver ces récifs, des chercheurs de l’Université des sciences et technologies marines, à Tokyo, ont proposé d’immerger des piles de disques en céramique pour permettre aux oeufs de corail fertilisés de s’implanter plus facilement. Leur solution est testée depuis 2002 près d’Okinawa, dans le récif de Sekisei Shoko, bien moins étendu que la Grande Barrière (270 km 2 contre 350.000 km 2), mais aussi riche de ses 360 espèces de coraux. La plupart se reproduisent en relâchant du sperme et des oeufs qui, une fois fécondés, sont emportés par les courants marins jusqu’à un promontoire hospitalier. Pour augmenter leurs chances, les scientifiques ont déposé, par 5 mètres de fond, des grandes plaques couvertes de piles de disques de céramique de quelques centimètres de diamètre. Et ça marche : après six semaines, l’habitat peut être récupéré et transféré là où le récif est le plus sévèrement endommagé.

« La nature peut faire le reste, explique David Wachenfeld, le directeur du parc marin de la Grande Barrière de corail, situé à Townsville. Après l’épisode dramatique de 2002, qui fut le pire blanchissement jamais enregistré, la plus grande partie du récif a pu récupérer, une fois les conditions revenues à la normale, grâce à la reconquête des polypes survivants. »

La société américaine Global Coral Reef Alliance a une autre idée : stimuler la croissance des récifs à l’aide de courants électriques. En faisant passer une légère tension fournie par des panneaux solaires dans une structure immergée en acier qui accueille de jeunes pousses, ses ingénieurs ont en effet obtenu des organismes qu’ils se développent plus rapidement. « Assez pour bâtir plus vite que les effets dévastateurs du réchauffement climatique », selon eux. Leur technologie équipe déjà plusieurs sites, notamment au Mexique, en Indonésie et en Thaïlande.

Menace sur la chaîne alimentaire

A supposer que ces performances se vérifient, il leur faudra faire vite pour agir à plus grande échelle. Des scientifiques américains et australiens ont découvert des fossiles prouvant que les récifs coralliens ont davantage souffert au cours des trente dernières années que pendant les 220.000 années précédentes. Or, quand un récif disparaît, toute la chaîne alimentaire est perturbée. De nombreux poissons sont condamnés, tandis que les survivants deviennent porteurs de ciguatera, une toxine naturelle qui se développe dans les algues recouvrant le corail mort et empoisonne leur chair. Près de 500 millions de personnes vivent à moins de 100 kilomètres de récifs coralliens.

Selon l’économiste indien Pavan Sukhdev, les barrières de corail pourraient emporter avec elles l’équivalent de 170 milliards de dollars par an de « services » fournis gratuitement aux habitants de la Terre par ses écosystèmes.

PAUL MOLGA



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