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Des heures difficiles pour l’huître normande

Dernière mise à jour le mardi 3 février 2009

Ouest-France - lundi 2 février 2009



Des heures difficiles pour l’huître normande

Baisse des cours, crises des naissains, faible notoriété. Les ostréiculteurs prennent conscience des problèmes qui les touchent, mais restent minés par des querelles internes.

Dans un milieu ostréicole traditionnellement divisé, les antagonismes sont ravivés par la chute des cours. « Les prix ont baissé en janvier 2008 pour les huîtres de grosse taille, dans un contexte de légère surproduction », rappelle Thierry Louis, ex-président de l’Organisation des producteurs, l’OP (lire ci-dessous). Les prix de gros à la tonne sont passés de 2,30 € le kilo à 1,50 €. Puis la n° 3, « plus petite et la plus vendue sur le marché », est elle aussi partie à la baisse. Malgré des fêtes correctes, la demande n’était toujours pas à la hauteur. « Ce fut un enchaînement de facteurs : la surproduction puis les effets de la crise. »

« Pays du vrac »

D’abord, ce fut du chacun pour soi, quitte à vendre à perte. Regardant avec envie les producteurs laitiers mobiliser ses troupes, l’OP a tenté de réagir cet automne en lançant un appel à bloquer les camions, sans grand succès. Les intermédiaires, en l’occurrence les courtiers, sont en effet montrés du doigt : le prix des huîtres n’a pas baissé en magasin.

La semaine dernière, Thierry Louis, président depuis 10 ans, a laissé sa place à la tête de l’OP au terme d’une réunion que l’on qualifiera de virile, entre autoflagellation et accrochements verbaux. « La profession est individualiste, elle ne veut pas s’organiser », lâche un producteur. « Ici, c’est le pays du vrac. Alors on brade, ajoute un autre. Pourtant, l’huître normande est vendue plus cher en grande surface que la Marennes. C’est aberrant ! »

C’est en effet un secret de Polichinelle : alors que la Normandie est le premier bassin de production conchylicole de France, une majorité des huîtres produites est commercialisée sous d’autres appellations, notamment la Marennes d’Oléron : 50 % pour les uns, deux tiers pour les autres. « Pendant des années, les Normands se sont désintéressés de l’expédition. Car ça marchait très bien », reprend Thierry Louis.

Louis Teyssier, vice-président de la SRC, a une explication historique : « Marennes fait des huîtres depuis 200 ans, nous depuis 30 ans. Nous n’avons ni le nom, ni la réputation : le consommateur n’est pas attentif à l’huître normande. »

Crise des naissains

Le cabinet nantais Avia, missionné par l’OP pour faire un audit, ne dit pas autre chose : « L’huître normande est mal valorisée. L’OP est marginalisée. Les dissensions freinent les initiatives. » Le cabinet de marketing se donne 12 semaines pour mobiliser la profession.

Vaste tâche. Car une autre crise pointe : celle des naissains. L’été dernier, les jeunes huîtres des parcs normands ont été décimées. Explication d’Ifremer : une combinaison entre le réchauffement de l’eau et les pratiques de la profession. Depuis, rien n’a bougé. « Si cela recommence cette année, la plupart des monocultures ne s’en relèveront pas, aussi saines soient-elles, prédit Thierry Louis. Qui peut se permettre de perdre 70 % de son chiffre d’affaires ? »

Christophe LECONTE.


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