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Culture d’algues. Le rendez-vous manqué

Dernière mise à jour le mercredi 27 avril 2011

Article paru sur le site "Le Télégramme" - Mercredi 27 Avril 2011
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Culture d’algues. Le rendez-vous manqué

La radioactivité de Fukushima empoisonne aussi l’algoculture japonaise, laissant le champ libre aux concurrents coréens, chinois... Pour la chef d’entreprise Christine Le Tennier, la Bretagne a loupé le coche. Le programme Breizh’Algues, porté par la Région, aidera-t-il à combler le retard ?

Aux abords de la centrale japonaise de Fukushima, les taux d’iode radioactif et de césium feront crépiter les compteurs Geiger pendant des lustres. Dans le bureau de sa société Algues de Bretagne, à Rosporden, Christine Le Tennier parle aussi d’iode et de sélénium, deux nutriments abondants dans les algues et plein de bienfaits pour l’alimentation humaine.

« Elles sauveront l’humanité de la faminesi l’homme ne pollue pas trop les océans », explique-t-elle. Le tsunami qui a balayé le nord-est du Japon vient, par des voies inattendues, de remettre l’algoculture bretonne, son cheval de bataille, au goût du jour.

« En plus, j’étais une femme ! »
Christine Le Tennier avait gentiment fait sourire le monde économique, il y a près de 25 ans. « Non seulement j’amenais un sujet original mais en plus, j’étais une femme. Je présentais plusieurs handicaps à la fois ! », s’amuse la chef d’entreprise, dont le tempérament de battante est au moins égal à la force du Fromveur, ce courant puissant qui passe entre Molène et Ouessant. « L’île qui possède le plus grand plateau de laminaires en Europe ! ».

Originaire de Gourin (56), en Centre-Bretagne, elle s’est entichée de la côte et de ses algues alimentaires. Haricot de mer, dulse, nori... elle les décrit avec gourmandise. Le déclic est venu d’une rencontre avec Michel Coz, patron de Natur’Algues, à Pleubian (22), en 1986. « On commençait à parler du bio, d’alimentation macrobiotique. J’ai senti qu’il y avait quelque chose... ». À l’époque, elle vient juste de créer, avec une amie, sa société de gestion à l’exportation. Elle décide d’y rajouter l’activité de négoce d’algues.

« Les Asiatiques n’ont pas eu M. Parmentier, eux »
En 1993, elle ouvre sa première usine, à Rosporden, pour produire des algues de décoration et une gamme alimentaire. « Une partie des algues venait de Bretagne mais la cueillette n’était pas suffisante. Il fallait développer l’algoculture ».
Elle prend son bâton de pèlerin, cite l’exemple de Jean-François Arbona, dont la culture du wacamé, au large de Saint-Malo, fait de son entreprise,C Weed, une pionnière en France. « La Bretagne aurait été un fabuleux réservoir. À la place, hormis le wacamé, on se retrouve à galérer pour quelques kilos sur l’estran ! ».

Rien n’y fait. La chambre syndicale des algues et végétaux marins fait la sourde oreille. Pendant ce temps, en Asie, l’algoculture est développée depuis deux siècles. « L’algue alimentaire fait partie de tous leurs repas. Ils n’ont pas eu M. Parmentier, eux ! », remarque Christine Le Tennier.

« Nous aurions dû être prêts »
De guerre lasse, elle se tourne donc vers l’Asie, ouvre une deuxième usine en 2004, toujours à Rosporden, avec des produits comme les pâtes aux algues. Depuis 2008, son activité s’est enrichie d’un atelier de cuisine moléculaire. Ses perles de saveur surgelées, à base d’alginates (extraits de laminaires), conçues avec l’entreprise La Fruitière, basée à Naizin (56), viennent de décrocher le prix de l’innovation au Sirha 2011, le salon international de la restauration. Son chiffre d’affaires, qui avoisine 1,5 M€, a fait un bond de 40 %.

Depuis le séisme du 11 mars, elle regarde ses pairs s’écarter des fournisseurs japonais. « Nous aurions dû être prêts et ce sont l’Espagne, l’Irlande, Israël, le Chili... qui en récoltent les fruits », regrette-t-elle. Elle se reprend à rêver à la synergie que cette filière aurait créée avec les professionnels de la mer. « Les criées se cassent la gueule, les ostréiculteurs déposent le bilan. Les algues auraient fourni une diversification parfaite pour les côtes bretonnes. C’est un gros gâchis ! ».

Thierry Charpentier


Breizh’algues. Première récolte imminente

Mieux vaut tard que jamais... Depuis 2008, sous l’impulsion de l’Agence économique de Bretagne, une expérience pilote est menée autour de trois acteurs : le comité national de conchyliculture, le Ceva (Centre d’étude et de valorisation des algues) et un réseau d’une vingtaine d’entreprises positionnées sur les produits de la mer. Pour ces industriels de l’agroalimentaire, le maître mot est la traçabilité. L’idée est, à terme, de leur proposer une biomasse algacole « tracée », puisqu’issue d’algues de culture. Une trentaine d’ostréiculteurs, à la recherche d’une diversification, sont partie prenante du projet. Leur objectif est de parvenir à une culture combinée. En complément de leurs parcs à huîtres, ils ont donc ensemencé des sporules d’algues. La première récolte est attendue dans les semaines à venir.


« Les criées se cassent la gueule, les ostréiculteurs déposent le bilan. Les algues auraient fourni une diversification parfaite pour les côtes bretonnes ». »

Christine Le Tennier, P-DG d’Algues de Bretagne



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