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« Ce ne sont pas des Bisounours »

Dernière mise à jour le mardi 27 septembre 2011

Article paru sur le site "Libération" - Jeudi 22 Septembre 2011
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« Ce ne sont pas des Bisounours »

La Réunion déplore quatre attaques de requins cette année et redoute la fuite des touristes.

Par LAURENT DECLOITRE LA RÉUNION, de notre correspondant

Les surfeurs et pêcheurs s’affolent, les pouvoirs publics pataugent : lundi, un surfeur réunionnais a disparu après l’attaque d’un requin, alors qu’il « prenait la vague » à vingt mètres au large de la plage touristique de Boucan-Canot. Mathieu Schiller, 31 ans, ancien champion de France de bodyboard, a eu les jambes arrachées par un squale avant d’être emporté par une vague. « J’ai vu une grande mare de sang », témoigne, sous le choc, un ami. Hier, son corps n’avait toujours pas été retrouvé, les secouristes ayant eux-mêmes été chargés par un requin bouledogue.

En huit mois, La Réunion a dénombré quatre attaques de squales, dont deux fatales, sur la commune balnéaire de Saint-Paul, dans l’ouest de l’île. Une série noire qui s’ajoute aux 40 accidents, dont près d’une vingtaine mortels, recensés depuis 1980. Or, les pouvoirs publics n’ont pris aucune mesure concrète, sinon la tenue d’ateliers, en juillet. D’où les cris de colère qui ont fusé, lundi, lors de la visite de la députée-maire de Saint-Paul, Huguette Bello, sur les lieux du drame. « Combien en faut-il ? »« Assassins ! » ont hurlé des surfeurs désemparés.

Abysses. Contrairement à l’Afrique du Sud ou à l’Australie, La Réunion n’est équipée d’aucun système de protection. Pourtant, il en existe, même si leur efficacité est contestée. Les filets tendus au large ? Ils résisteraient difficilement aux houles cycloniques… et aux arguments des écologistes, en raison de leur impact sur la faune : dauphins, tortues, poissons sont pris dans les mailles. Les drum lines, ces bouées équipées de lignes de pêche et de gros hameçons ? Une solution que l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) a préconisée en baie de Saint-Paul… dès 1997. Pour les scientifiques de l’Ifremer, cette solution « simple et peu onéreuse » permet de « rassurer le public et de réduire significativement le risque requin ». Mais depuis, l’étude a plongé dans les abysses de l’administration… Il y a deux ans, la commune de Saint-Pierre, dans le sud de l’île, elle aussi meurtrie par plusieurs attaques, a élaboré un « plan de gestion du risque requin ». Qui stagne. Quant aux shark shields, ces petits boîtiers qui repoussent les requins grâce à des ondes électriques, seuls quelques sapeurs-pompiers en sont équipés à La Réunion.

Face à la pression des surfeurs, les collectivités reprennent le dossier : Saint-Leu, commune balnéaire de l’ouest de l’île, vient d’accorder une subvention d’équipement à son club de surf. Tout comme la région, qui aide au financement de l’installation de bouées équipées de boîtiers sur des « sites pilotes ». Les voisins seychellois, traumatisés par deux attaques mortelles de touristes en août, ont quant à eux installé dans l’urgence des filets et encouragé la chasse aux requins.

C’est dans ce contexte tendu que Michel Lalande, préfet de La Réunion, pense organiser un « prélèvement » dans les prochains jours. Comprendre : une pêche au requin. « Ce ne sera pas une chasse sauvage comme on l’a vu dans certaines parties de l’océan Indien, où l’on a éventré des dizaines de requins, dont plusieurs qui ne représentent aucun danger », prévient-il. Les requins bouledogue, tigre et mako, des espèces dangereuses et non protégées, sont visés. Pourtant, il y a dix jours, un pêcheur a été verbalisé pour défaut de licence, après avoir capturé un squale. Jean-François Nativel, membre de l’association Océan prévention Réunion, avait participé à cette expédition. « On a été lynchés, mais aujourd’hui, le préfet se rend compte que les requins ne sont pas des Bisounours, comme le font croire les pseudo-scientifiques », s’emporte-t-il. Jean-René Enilorac, président du comité régional de la pêche, est prêt à s’embarquer dans cette chasse inédite : « Depuis quelques années, les requins se rapprochent de la côte et bouffent les poissons. Quand on ramène nos lignes, les vivaneaux, les rouges, les thons sont mangés à 80% ! »

Drapeau rouge. Pourtant, Gery Van Grevelynghe, médecin, auteur d’une thèse sur les attaques de requins et cofondateur de l’association Squal’idées, prône malgré tout « le temps de la réflexion ».« Oui à une pêche scientifique, admet-il, s’il y a surpopulation ou sédentarisation de requins. Ceci dit, comment le savoir sans étude préalable ? Là, on est dans l’émotion. » En attendant, le préfet a provisoirement interdit toute activité de pleine eau (surf, kite-surf, plongée) dès que le drapeau rouge est hissé sur les plages ; une interdiction jusqu’à présent réservée aux baigneurs. Enfin, des panneaux d’information devraient être installés… « Sans tomber dans le catastrophisme », La Réunion devant surfer entre le risque requin et celui de voir fuir ses touristes.



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