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Algues vertes. Le littoral lorientais touché lui-aussi

Dernière mise à jour le jeudi 31 mars 2011

Article paru sur le site "Le Télégramme" - Samedi 26 Mars 2011
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Algues vertes. Le littoral lorientais touché lui-aussi

Moins spectaculaire et médiatique que sur la côte Nord, le phénomène des marées vertes n’épargne pas le littoral lorientais. Pour Sylvain Ballu, chercheur au Ceva, et en conférence hier à Lorient, leur éradication n’est pas pour demain.

Quel est le rôle du Centre d’études et de valorisation des algues ?
Le Ceva a eu un statut associatif à ses débuts en 1982. Depuis 1986, le centre est devenu un syndicat mixte (une Sem) avec pour principaux partenaires les collectivités territoriales (conseil général des Côtes-d’Armor, du Finistère, conseil régional...) et l’Ifremer. Ce service a été créé pour répondre aux interrogations des collectivités sur les échouages massifs d’algues vertes sur le littoral. Le centre détecte (par satellite) la présence des algues, leurs déplacements, mais également observe les changements de la qualité des eaux. Un autre volet concerne la valorisation industrielle des algues (brune et rouge). Notre champ d’intervention s’étend de la Manche à l’île d’Oléron.

Le Morbihan n’est pas épargné. Les vasières se colorent de vert. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
C’est un phénomène très différent de ce que l’on peut observer sur la côte Nord. Les baies sableuses facilitent le développement des algues vertes. D’autres caractéristiques entrent en ligne de compte : le marnage (différence entre les marées) plus important, la turbidité de l’eau, l’exposition à la lumière... La morphologie du littoral morbihannais se prête au développement des algues vertes dans les zones de vasière (rade de Lorient, golfe du Morbihan, ria d’Etel...). On observe néanmoins que des algues se déplacent désormais vers les plages de Larmor et sur la pointe de Gâvres. Mais les tapis d’algues sont moins volumineux et se déplacent moins vite. Le revers de la médaille de cette stagnation est que l’impact peut être plus négatif sur l’écosystème sous-jacent. Mais comme ce sont des vasières (et non des plages), les riverains s’en plaignent moins, hormis les pêcheurs à pied. Sous ses gros matelas d’algues, les bactéries se maintiennent, ce qui n’est pas sans conséquences sur le classement sanitaire de ces zones.

Y a t-il davantage d’algues vertes ?
Non. Ce qui a changé est la médiatisation du phénomène depuis les incidents sur la plage de Saint-Michel-en-Grève (22). On a déjà constaté il y a plusieurs années d’énormes amas d’algues en putréfaction dans l’anse du Ter, et notamment lors des étés pluvieux.

Quelles sont les causes de cette prolifération ?
Il est incontestable que l’activité humaine, et agricole en particulier, a augmenté le milieu trophique. Les cours d’eau sont plus riches en nutriments (azote et nitrates). Ce désordre écologique a profité à l’algue verte (ulva armoricana), une espèce qui se développe très vite au contact de la lumière. Les stations d’épuration, en amont, du Blavet et du Scorff jouent un rôle, mais minime au regard de l’activité agricole (95 à 98% des flux). En Bretagne, beaucoup de conditions naturelles sont favorables aux fuites de nitrates dans l’eau (agriculture intensive, étés pluvieux...).

Le phénomène des algues vertes est-il dangereux ?
L’algue fraîche n’est pas toxique. Mais à partir du moment où les amas d’algues sont en putréfaction, elles génèrent de l’hydrogène sulfuré (H2S). C’est un gaz détectable au nez (odeur d’oeuf pourri). Dès 0,1 ppm, on le ressent. C’est une alerte. Dans ce cas, il faut s’en éloigner.

Comment éradiquer ce fléau ?
Il faudrait multiplier les cultures spécifiques (les couverts actifs) et développer un système agricole plus herbagé et éviter les sols nus, propices à la fuite des nitrates.À titre d’exemple, dans la rade de Lorient, pour redescendre à la moitié de la concentration actuelle, il faudrait compter plusieurs années. À la condition que des réponses collectives soient apportées rapidement. C’est un choix de société.

Propos recueillis par Régis Nescop



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