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Agriculture, pêche. Plus de santé dans l’assiette

Dernière mise à jour le mardi 11 janvier 2011

Article paru sur le site "Le Télégramme" - Jeudi 06 Janvier 2011
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Agriculture, pêche. Plus de santé dans l’assiette

2030. Qu’il s’agisse des produits de la mer ou de l’agriculture, la Bretagne s’est pliée aux nouvelles exigences des consommateurs, rejoignant celles des Japonais dans les années 2000. Elles concernent en premier lieu la santé et le respect de l’environnement.

Sur la table du salon, des bâtonnets à base de calamar breton et des fleurettes de chou-fleur léonard de couleur orange pour accompagner l’apéritif. En plat de résistance, une côte de boeuf du Centre-Bretagne, nourri à la graine de lin, riche en oméga3. Au dessert, un yaourt enrichi au cartilage de raie pêchée au large de Lorient. Le menu, imaginé avec humour par des chercheurs bretons, n’est pas vraiment surréaliste. « L’avenir est à l’aliment-santé », lance PatrickAllaume, le directeur de la société lorientaise ID. Mer, un institut de développement des produits de la mer. Ses 25 spécialistes apportent leur savoir-faire aux PME de la région. Le discours n’est guère différent chez Christophe Bazinet, chercheur au centre de biotechnologie Nutrinov, à Saint-Pol-de-Léon, qui concocte les légumes de demain. Tout en précisant qu’aliment-santé ne rime pas du tout avec apprenti-sorcier. Il concerne tout aussi bien un légume, une viande... produits dans le respect de l’environnement que des extraits naturels de poisson ou de lait contenant des principes actifs intéressants pour la santé.

L’agrandissement des exploitations

Dans la campagne bretonne, les fermes ne présentent plus le même profil monolithique que dans les années 2000. Les exploitations bio, qui couvrent 5 à 6% de la surface agricole au lieu de 2% aujourd’hui, cohabitent avec des exploitations conventionnelles familiales et des structures à visage plus industriel, dirigées par plusieurs agriculteurs associés, des agri-managers, employant une forte main-d’oeuvre salariée. Ces dernières exploitations sont l’apanage des productions hors-sol (porc, volaille) et des cultures sous serres, essentiellement de tomates. Nombre de paysans continuent à faire de la vente directe, de plus en plus prisée par le consommateur. « L’agriculture bretonne risque de connaître un énorme phénomène d’agrandissement des exploitations, faute de volonté politique de maintenir l’exploitation familiale, anticipe Olivier Allain, le président de la commission économique de la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne. L’approche française et communautaire sera plus entrepreunariale que sociale et territoriale ». De 37.000exploitations en 2010, la Bretagne pourrait ne plus en compter que 15.000 à 20.000 en 2030. La ville ne cesse de grignoter la campagne. « Le lait restera la production dominante en Bretagne mais le porc, la volaille et les légumes garderont une position forte », prévoit Olivier Allain.

Des produits plus élaborés

Qu’en sera-t-il du paysage de l’industrie agroalimentaire ? Il restera fortement lié à l’évolution de l’agriculture et à l’évolution capitalistique des entreprises. « Il faut que les centres de décision des sociétés restent en Bretagne, note l’industriel morbihannais Michel Houdebine, président du pôle de compétitivité agroalimentaire Valorial. L’État devra aussi nous aider à gommer les distorsions existant avec certains pays européens ». Quant aux produits sortant des usines, ils seront plus élaborés, alliant nutrition, santé et bien-être. À Nutrinov, les chercheurs s’efforcent d’améliorer les qualités gustatives et nutritionnelles des légumes bretons. Ils n’auront plus nécessairement la même forme, ni la même couleur que ceux des années 2010. Des variétés différentes, et même anciennes, feront le bonheur des consommateurs. Les coproduits agricoles (feuilles, tiges, racines) ne seront plus des déchets, leurs propriétés vont être utilisées par l’industrie de la cosmétique, des plats préparés, du textile, de l’emballage... « Les poubelles des consommateurs seront moins pleines », plaisante Christophe Bazinet.

Concurrence des poissons d’importation

Dans les ports bretons, les flottilles, un peu moins denses qu’en 2010, continuent à traquer le poisson. André Le Berre, le président du Comité régional des pêches, espère que le combat de la filière bretonne pour le maintien d’une flottille abondante l’aura emporté sur le choix stratégique des grosses unités. La pêche, mais aussi l’aquaculture régionale, doivent se battre durement contre tous ces poissons sauvages mais surtout d’élevage, venus d’Asie, du Pérou ou d’ailleurs, qui encombrent les étals des poissonniers. « L’aquaculture française et bretonne, avec les élevages de saumons des Côtes-d’Armor, de turbots de Camaret ou d’ormeaux de Plouguerneau, doit être labellisée pour afficher sa différence, estime André Le Berre. Nos pêcheurs devront, eux aussi, communiquer auprès des consommateurs pour parler de la sélectivité des poissons, expliquer dans quelles conditions ils sont pêchés et conservés ». Comme dans l’agriculture, la filière pêche régionale entend, elle aussi, valoriser les coproduits des poissons et des crustacés (arêtes, viscères, têtes, carapaces de crabe ou de homard). Dans les laboratoires, des chercheurs extraient des arômes, des ingrédients et des principes actifs, à usage des industries cosmétique, diététique ou pharmaceutique. ID. Mer collabore depuis des années avec les universités bretonnes ou avec les scientifiques d’Ifremer. Le fruit de leurs travaux trouve des applications intéressantes. La poudre d’écailles de sardine, riche en calcium, est conseillée pour des problèmes de dents qui se déchaussent. La peau des poissons blancs, comme le lieu ou le cabillaud, intéresse les industriels de la cosmétique pour son action sur la synthèse du collagène. L’huile de foie de raie, riche en acide cervonique, un constituant essentiel des lipides du cerveau, est préconisée pour les problèmes de mémoire et de dégénérescence maculaire de l’oeil. « Dans vingt ans, on reparlera de tout ça », assure Patrick Allaume. Plusieurs PME bretonnes se projettent déjà dans l’avenir et exploitent les richesses insoupçonnées de l’océan.

Yves Drévillon



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