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[ARCHIVES] « Des zones sensibles »

Dernière mise à jour le mardi 17 mai 2011

Article paru sur le site "Sud-Ouest" - Samedi 14 Mai 2011
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[ARCHIVES] « Des zones sensibles »

Ingénieur au BRGM, Cyril Mallet expose les risques qui pèsent sur les zones urbaines

Ingénieur au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), chef de projet pour l’Observatoire du littoral de la côte aquitaine, Cyril Mallet a participé à une étude sur le trait de côte en Aquitaine et dans le Languedoc-Roussillon à l’horizon 2100. Pour déterminer les zones à risque, les auteurs ont tablé sur une augmentation de 88 cm du niveau des océans.

« Sud Ouest ». Quelles sont les causes de l’érosion côtière ?
Cyril Mallet. C’est, à titre principal, le déficit de sédiments, un phénomène général sur la planète. Nous nous situons dans une période interglaciaire, les fleuves charrient moins de sédiments vers le milieu marin. Il y a donc moins de sable pour alimenter les plages. Dans notre région, les apports de l’estuaire de la Gironde ont cessé il y a cinq ou six mille ans. Elle ne transporte plus que des sédiments fins, des vases, qui se déposent au large.

Comment réagit la côte sableuse ?
Elle résiste bien grâce au cordon dunaire. Il s’avère capable de « rouler » sur lui-même en réponse au recul du trait de côte. La dune vient alors alimenter la plage. C’est une protection naturelle très solide, dans le sens où il y a encore du stock de sable à l’arrière. Un peu plus loin, la forêt littorale vient conforter le système en servant de « pare-chocs ». Cette dynamique devrait protéger l’intérieur des terres de l’intrusion des eaux océaniques pendant plusieurs décennies, voire plus. On envisage un recul moyen d’un à trois mètres par an.

Quelles sont les zones à risque ?
Ce sont les zones aménagées. La côte sableuse est urbanisée à hauteur de 10 %. La problématique est à peu près la même à chaque fois que l’on construit un mur face à l’océan. On fixe le trait de côte pendant un certain temps, mais on ne peut pas empêcher l’océan d’emporter le matériau qui se trouve devant le mur. À Lacanau par exemple, où la plage centrale est protégée, la houle tape l’enrochement et repart en emmenant plus de sable que si elle ne rencontrait pas d’obstacle. Les épis perpendiculaires au rivage produisent eux aussi des effets indésirables. Du fait de la dérive littorale nord-sud, l’épi va retenir du sable au nord mais les plages seront attaquées au sud. De manière générale, les ouvrages vont protéger des enjeux pour une durée de 15 à 25 ans mais ils ne changent rien pour le long terme. Il faut envisager des politiques de recul.

L’étude pointe un risque là où les cours d’eau interrompent le cordon dunaire. Qu’en est-il ?
Il risque d’y avoir des problèmes localement. On pense à l’estuaire de Mimizan ou à Capbreton, qui présente deux caractéristiques supplémentaires : le trait de côte qui change d’orientation et le gouf (1), qui joue peut-être le rôle de piège à sable.

Ces communes risquent-elles la submersion ?
Ce seront des zones sensibles à l’avenir… Mais d’autres points du littoral sont fragiles, toutes les zones basses, comme l’Adour. On a vu que la tempête Klaus du 24 janvier a généré un phénomène de surcote maritime qui a submergé un quartier d’Andernos, sur le bassin d’Arcachon.

Et sur la côte du Pays basque ?
Les formations rocheuses sont très altérées par d’autres phénomènes que l’érosion marine. Ce sont les infiltrations en tête de falaise. Sur la plage de Lafitenia, à Saint-Jean-de-Luz, le sable très épais ne provient pas d’un apport sédimentaire d’origine océanique. Ce sont les roches qui le fournissent. La montée des eaux risque de submerger les plages en pied de falaise. L’énergie de la houle va se déplacer des plages vers les falaises, ce qui va aggraver le problème.

(1) Le gouf de Capbreton est une fosse sous-marine de plus de 1 000 mètres de profondeur à proximité immédiate de la côte.



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