Manger la mer, Invitez la mer à votre table !

Accueil > Actualités de la mer > A chaque saison, son poisson

A chaque saison, son poisson

Dernière mise à jour le lundi 10 mai 2010

Le Monde.fr - Vendredi 7 Mai 2010



A chaque saison, son poisson

"Bien choisir son poisson, c’est bon pour la mer, c’est bon pour vous." Depuis peu, ce slogan sur une affichette a fait son apparition chez les poissonniers et certains restaurateurs. Cette campagne s’appuie sur le site MrGoodFish.com - lancé officiellement au ministère de l’agriculture et de la pêche jeudi 6 mai -, où chacun peut désormais consulter, d’un simple clic, la liste des poissons à consommer en priorité dans sa région selon la saison et les quantités disponibles dans les différentes criées.

La liste est actualisée en temps réel, à partir des observations fournies par les acteurs de la filière en mer du Nord, océan Atlantique et mer Méditerranée, avec l’aval du milieu scientifique et des organismes publics de contrôle. Dans un second temps, les cuisiniers proposeront leurs recettes saisonnières. Le jeune chef breton Gaël Orieux (Auguste, Paris 7e) s’est ainsi proposé, avec plusieurs de ses collègues, de s’engager en faveur d’une pêche durable.

C’est bien ce que tente de faire Philippe Valette, patron de Nausicaä (aquarium du Centre national de la mer à Boulogne-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais) avec MrGoodFish.com. Lui et ses collègues scientifiques responsables des aquariums de Brest (Finistère) et de Gênes (Ligurie, Italie) militent pour une politique de gestion communautaire des océans. Tous connaissent les poissons et les réalités de la pêche. Les services officiels de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) sont, eux, informés des arrivages et des ventes dans les criées. L’idée : orienter la consommation des poissons vers les espèces saisonnières les moins fragiles, afin de freiner la surexploitation des ressources halieutiques.

Car l’échec des négociations internationales en faveur d’une interdiction de la pêche du thon rouge de l’Atlantique et de la Méditerranée a eu au moins le mérite de faire prendre conscience que certaines espèces de la faune marine étaient épuisables et qu’il convenait d’en respecter l’équilibre. Certains poissons, en outre, sont strictement saisonniers, comme l’alose, l’éperlan, l’espadon, les pibales (ou civelles, alevins d’anguille), le thon blanc, la sardine et le mulet.

D’autres poissons ou crustacés connaissent des périodes plus favorables pour leur capture, en raison soit des quotas de pêche, soit du rythme biologique de chaque espèce. On sait, par exemple, que jusqu’en avril le bar est abondant. Le merlan offrira ses chairs délicates jusqu’en juin. Le colin (merlu) est prolifique de mars jusqu’à l’été. La saison du rouget est courte, de janvier à mai. La sole n’est, sur nos côtes, jamais aussi fine et délicate qu’en mars et en avril. La pêche de la saint-jacques est autorisée d’octobre à mai, celle des ormeaux, strictement contrôlée, de juin à octobre. Chacun sait aussi que, de juin à octobre, les homards sont plus abondants et donc moins chers qu’à Noël.

Greenpeace a établi un guide en ligne à l’usage du consommateur responsable ("Et la mer, t’y penses ?") qui dresse un état des principales espèces et donne leurs dates de reproduction. D’autres sources d’information sont disponibles. Mais avant le lancement de MrGoodFish.com, aucune ne combinait à la fois la saisonnalité et l’état des stocks de chaque espèce, très variable selon les zones de capture. Ainsi, les bars, signalés en abondance au large de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques) fin avril, étaient-ils quasi absents des zones de pêche des ports bretons. Consommateurs et pêcheurs l’ignoraient.

Cette initiative suffira-t-elle à différer ce qu’une étude, parue en 2006 dans la revue Science, annonçait : le XXIe siècle sera le dernier où l’on pourra encore trouver du poisson sauvage, sa quasi-disparition étant programmée à l’horizon 2050.

Pour les pouvoirs publics, il est urgent de convaincre les consommateurs des bienfaits des espèces moins nobles - maquereau, merlan, chinchard - que le turbot, la sole ou le cabillaud. Philippe Mauguin, le directeur des pêches maritimes et de l’aquaculture au ministère de l’agriculture et de la pêche, soutient cette action collective : "Les consommateurs doivent prendre conscience que la mer n’est pas un libre-service, dit-il, s’ils veulent consommer du poisson durablement !" Et Gaël Orieux, parrain de l’opération, d’ajouter : "Aux cuisiniers de montrer l’exemple."



Suivre la vie du site RSS 2.0 | Contacts | Qui suis-je ? | Remerciements | Plan du site | SPIP