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250 milliards de microdéchets plastiques en Méditerranée

Dernière mise à jour le mardi 11 janvier 2011

Article paru sur le site "La Provence" - Dimanche 09 Janvier 2011
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250 milliards de microdéchets plastiques en Méditerranée

L’association Expédition MED vient de rendre publics les résultats de sa campagne d’évaluation de la pollution en Méditerranée. La concentration atteint près de 900 000 microparticules plastiques au km² dans certaines zones

On s’en doutait un peu. La campagne de mesures conduite l’été dernier dans le cadre de l’expédition MED vient de le confirmer : à l’instar des trois grands océans du globe, la Méditerranée est littéralement envahie par les microparticules de matières plastiques issues des activités humaines. C’est la conclusion des scientifiques qui ont sillonné un mois durant la partie septentrionale du bassin méditerranéen occidental, effectuant une quarantaine de prélèvements entre Banyuls, Carry-le-Rouet, Portofino, l’île d’Elbe et la côte ouest de la Corse.

Dans leur filet à plancton, capable de piéger des organismes mesurant de 200 à 500 microns, les océanologues de l’université de Liège (Belgique) et de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) ont collecté des quantités très importantes de microparticules plastiques. "Les concentrations relevées, de l’ordre de 115 000 microdéchets en moyenne par km² et jusqu’à 892 000 dans la zone la plus polluée, sont supérieures à celles qui ont été observées lors d’études précédentes dans le Pacifique et dans l’Atlantique", indique François Galgani, spécialiste des pollutions solides à la station corse de l’Ifremer.

Sur la base des calculs effectués à partir des échantillons prélevés au large, "on peut estimer à environ 250 milliards le nombre de microparticules plastiques qui flottent entre la surface et 15 cm de profondeur en Méditerranée", affirme le scientifique, expliquant qu’il faudrait toutefois "mener d’autres campagnes d’analyses dans tous les bassins de la Méditerranée" pour affiner cette estimation.

En poids, cette pollution diffuse ne représente pas grand-chose : 500 tonnes tout au plus pour l’ensemble de la Méditerranée. Mais l’impact de ces particules sur l’environnement marin est encore mal connu. "Il n’existe pratiquement aucune étude sur les conséquences de l’absorption de matières plastiques par les animaux marins, poissons et cétacés", regrette Denis Ody, responsable du pôle "océans et côtes" au WWF France, expliquant qu’on "ne sait pas, par exemple, si ces particules sont intégralement rejetées après digestion ou si une partie réussit à passer dans l’organisme et dans quelles proportions."

Selon lui, la seule certitude c’est que les rebuts de l’activité humaine "se retrouvent sur l’ensemble de la biosphère, parfois en grande quantité." Des études sur des sédiments prélevés en Manche montrent ainsi que 20 à 30% de la matière échantillonnée est composée de substances étrangères au milieu marin, fabriquées ou utilisées par l’homme. "Et il n’y a pas de raison que la Méditerranée soit épargnée par le phénomène", indique l’océanologue du WWF.

Dans ce domaine, la Méditerranée accuse un retard important sur les grands océans, où les premières études ont été lancées il y a près de 40 ans. C’est en effet Edward Carpenter, professeur en écologie marine à l’université de San Francisco, qui a publié le premier article sur l’accumulation des particules plastiques en mer des Sargasses dans la très sérieuse revue américaine Science, en 1972. Il faudra néanmoins attendre le milieu des années 80 pour que d’autres scientifiques s’intéressent à la question et encore une dizaine d’années pour que le phénomène de concentration de ces particules soit mis en évidence.

Non seulement dans l’Atlantique, mais aussi dans le Pacifique et dans l’océan Indien, où cinq grandes zones d’accumulation ont été identifiées. De telles poubelles marines existent-elles en Méditerranée ? C’est ce que s’efforceront de découvrir les scientifiques du programme Expédition MED dans les trois prochaines années, en explorant les côtes du bassin occidental (Est Corse, Sicile, Malte, Afrique du Nord, Espagne), la mer Adriatique et le bassin oriental (Turquie, Syrie, Liban, Israël et Chypre) où, si l’utilisation des sacs et emballages plastiques est moins répandue, elle est aussi beaucoup moins réglementée qu’en Europe.

Selon le professeur Richard Thomson, de l’université de Plymouth, auteur de Perdu en mer : où est tout le plastique ?, les concentrations de microparticules dans l’hémisphère Nord auraient continué d’augmenter jusque dans les années 90, avant de se stabiliser il y a une dizaine d’années sous l’effet des réglementations et d’une modification du comportement des consommateurs occidentaux. Apparues à l’échelle industrielle au début des années 1950, les matières plastiques n’auront donc mis qu’un demi-siècle à contaminer l’ensemble de la planète.



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