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Ostréiculture : l’huître naturelle insiste sur l’étiquette à cause des écloseries

Dernière mise à jour le lundi 20 novembre 2017

Article paru sur le site "Charente Libre :"
- 30 Août 2015
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Sur le marché ensoleillé d’Arradon, dans le golfe du Morbihan, Yvonnig Jegat invite avec conviction le promeneur à goûter ses huîtres charnues, annonçant la couleur sur son étal : "ostréiculteur traditionnel, huîtres nées en mer".

Car, contrairement aux apparences, toutes les huîtres, dont la France est le premier pays producteur en Europe, ne naissent pas en mer : environ la moitié de ces mollusques voient le jour en écloserie, et une bonne part sont des "triploïdes", des huîtres censées être stériles, un procédé mis au point et breveté par Ifremer.

En l’absence d’étiquetage, la confusion entretenue aux yeux du consommateur entre les deux modes de production révulse Yvonnig Jegat : "Si j’allais vendre de la ’triplo’ au marché d’Arradon, j’aurais l’impression de tromper les gens", assure-t-il.

Benoît Le Joubioux est le président de l’association des ostréiculteurs traditionnels, qui rassemble environ 80 producteurs du littoral français. L’association a pour objectif de valoriser l’huître née en mer, à commencer par l’obtention d’un étiquetage différencié.

Car pour M. Le Joubioux, la surmortalité qui a affecté ces dernières années la production d’huîtres a très certainement un lien avec son éloignement des processus naturels, tant en termes de reproduction que de concentration dans les parcs.

En France, le volume est tombé de plus de 110.000 tonnes en 2008 à environ 80.000 tonnes, et la filière reste durablement fragilisée.

Pour Benoît Le Joubioux, "c’est une aberration d’introduire une espèce manipulée dans un milieu ouvert comme la mer". Mais le problème, "c’est d’avoir des preuves !".

Des ostréiculteurs en dépendance

Pourtant, lors de leur apparition il y a une quinzaine d’années, les triploïdes, qualifiées scientifiquement d’organismes vivants modifiés (OVM), sont apparues comme une véritable innovation : croissance nettement plus rapide et absence de laitance pendant la période de reproduction leur ont valu l’appellation "d’huîtres des quatre saisons".

Revers de la médaille : étant théoriquement stériles, elles impliquent une dépendance de l’ostréiculteur vis à vis des écloseries reproductrices.

"C’est un peu offrir le monde de Monsanto à nos enfants", commente, dépité, Yvonnig Jegat, qui, avec six salariés, fait tout lui-même, du captage de naissain en mer aux semailles au fond du golfe.

"On défend un produit 100% naturel qui a acquis ses lettres de noblesse grâce à la nature", renchérit Benoît Le Joubloux, stigmatisant les "huîtres standard" en milieu confiné développées par de gros producteurs.

"On est un des derniers métiers naturels, avec l’apiculture. L’huître, c’est un baromètre de la qualité de l’eau".

Parvenir à différencier ces deux types de production, c’est aussi le défi auquel s’est attelé le sénateur du Morbihan, Joël Labbé (EELV), qui a organisé au Sénat en juin un colloque sur l’ostréiculture.

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