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Alerte sur la pêche dans les grands fonds marins

Dernière mise à jour le lundi 5 octobre 2009

Le Figaro - Lundi 5 Octobre 2009
Yves Miserey



Alerte sur la pêche dans les grands fonds marins

Greenpeace appelle les grandes surfaces européennes à ne plus commercialiser les espèces menacées.

« Manger du sushi de thon dans un restaurant japonais devrait être considéré comme étant aussi néfaste pour l’environnement que de rouler en Hummer (un gros 4 ×4 qui consomme en moyenne 20 1itres au 100 km) ou de harponner un lamantin », estime Daniel Pauly, professeur à l’université de Vancouver et l’un des meilleurs experts mondiaux en matière de surpêche (The New Republic, octobre 2009). À côté du thon rouge dont la survie est menacée par la pêche, le chercheur aurait pu également citer les poissons qui vivent sur les grands fonds marins, entre 200 et 2 000 mètres de profondeur.

S’il ne l’a pas fait, c’est que des espèces comme l’empereur, le flétan du Groënland, le grenadier de roche, le hoki, la lingue bleue, le sabre noir, la sébaste et le requin siki sont pratiquement inconnus du grand public. Le consommateur les achète en toute bonne foi. La plupart sont vendus sous forme de filet (ils sont très laids) et portent parfois des noms fantaisistes qui ne permettent même pas de les identifier.

Toutes ces espèces des grands fonds sont menacées d’extinction par la pêche. Leur longévité exceptionnelle (près de 140 ans pour l’empereur selon de récentes réévaluations) et leur reproduction très lente (pas avant 40 ans) les rendent hautement vulnérables. Les scientifiques sont unanimes sur ce point. « On ne doit absolument plus toucher à un poisson profond », assure Claire Nouvian, fondatrice de l’ONG Bloom associée à la campagne de Greenpeace ainsi que WWF. De plus, les écosystèmes des grands fonds, très anciens et peu résilients, sont souvent dévastés à jamais par les chaluts.

Selon les chiffres de la FAO, la pêche dans les grands fonds marins ne représente que 0,3 % des captures globales et génère 450 millions de dollars par an. Elle mobilise 285 grands chalutiers dans le monde répartis entre dix pays seulement - Espagne (60 bateaux), Corée du Sud, Nouvelle-Zélande, Russie, Australie, Japon, France (5 bateaux), Portugal, Bélize, Estonie. Un projet de moratoire de la pêche dans les grands fonds marins, soutenu par un grand nombre de scientifiques, n’a pas encore abouti. Discuté prochainement à l’ONU, il n’a toujours pas reçu le soutien de notre pays. Face à cette situation, Greenpeace vient de lancer une campagne européenne pour obtenir l’arrêt de la commercialisation par les supermarchés de ces huit espèces en danger. « Les supermarchés sont des acteurs majeurs qui peuvent changer la donne car une grande majorité des achats de produits de la mer se fait dans ces points de vente », expliquait jeudi son représentant français à la presse.

« Aquacalypse now »

En France, toutes les enseignes de la grande distribution proposent des poissons des grands fonds. Les deux espèces les plus vendues sont le flétan du Groënland et la sébaste, suivies par le sabre noir et le grenadier. L’enseigne Intermarché est à la tête d’une flottille industrielle des grands fonds (la Scapêche). Fabien Dulon, son ex-directeur, s’est déclaré ouvert à l’initiative de Greenpeace, mais il a souligné que la Scapêche n’exploite qu’une toute petite surface, comparé aux navires espagnols. Claire Nouvain a déploré de son côté que les données de l’entreprise ne soient pas rendues publiques.

Il y a seulement une quinzaine d’années que plusieurs pêcheries industrielles se sont tournées vers les grands fonds, quand les stocks des espèces traditionnelles ont commencé à s’effondrer. Dans son article intitulé « Aquacalypse now », Daniel Pauly compare cette dynamique (pêcher toujours plus loin et plus profond tout en continuant à engranger les aides publiques) à la pyramide de Ponzi montée par Bernard Madoff. Un rapprochement à méditer.



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